‹ De la méthode littéraireChapitre 155 sur 424 · I. En classe · texte numérisé non relu

I. En classe

Oui, je l'aime, ce grand garçon de Zozo ; j'aime à reconnaître sa

(i) Cette copie a été très retouchée clans la seconde partie, surtout dans la conclu!-ion. Elle n'a ^^nl)i dan» la prciiiii'ie partie, jusiju'à : //. Défauts, 400 deux corrections iosigniiianlea.

VOI.TAIHK A Ol INZE ANS 2^1

maigre silhouette gambadant, vive et sautillante, le long do nos sombres couloirs. J'aime à voir son visage éveillé, le sourire moqueur de ses lèvres, ses yeux pétillants de malice et de jeunesse. J'aime à entendre sa voix perçante jeter joyeusement quelque propos espiègle, quelque réflexion Ironique. J'aime surtout à lire on classe un de ces devoirs qui lui valent pour un mois le titre glorieux de préteur ou de décurion. J'ai rarement vu tant de qualités réunies dans un élève. Il est sans rival pour expliquer un texte d'Ovide ou de Cicéron, pour composer une églogue à la façon de Virgile, un dialogue h la manière de Lucien, une ode imitée d'Horace. Il sait de mémoire la Ilhétorique du Père Soarez ; nul ne tourne comme lui le vers latin, et sfs discours sont toujours les mieux notés : voilà qui satisfait grandement le Père Le Jay, son professeur de langues anciennes. Pour moi, je n'ai qu'à me louer de la manière dont il écrit et parle notre langue. Ses fables, ses lettres, ses narrations montrent comme il sait bien fixer ses pensées et les arranger, construire des périodes, leur donner du nombre et de l'harmonie, satisfaire l'oreille en même temps que l'esprit. Il semble aussi avoir beaucoup de goût pour l'érudition ; il vient souvent me demander, h propos d'un texte, des renseignements sur l'histoire, la géographie, les lois ; les commentaires les plus abondants, dignes du Père Jouvency lui-même, le laissent à peine satisfait. Enfin, c'est une intelligence universelle, qui s'intéresse à tout et réussit en tout. Aussi je peux lui prédire des succès plus grands encore à la fin de cette année de Rhétorique que ceux qu'il a remportés après ses Humanités; et, sans doute, mon R. P., si vous pouvez nous faire l'honneur de revenir aux premiers jours d'août dans nos murs, vous le verrez ployer sous le fardeau des prix et dos couronnes.

a. Dans la vie du collège. Quelques incidents.

Ne croyez pas, cependant, qu'absorbé par les études sérieuses, notre jeune Arouet se refuse des divertissements moins austères : il brille à nos académies du Dimanche, il y tient toujours le premier riMe dans les discussions et les discours. Il excelle à expliquer les symboles les mieux combinés, les énigmes les plus difficiles. Et si vous saviez avec quelle finesse, avec combien d'esprit il joue la petite comédie, aux Ludi priores, quelle noblesse et quelle grâce il prête aux personnages de la grande comédie, aux Ludi solemnes ! Si vous l'aviez vu interpréter mon Agapitus ! Que dis-je ? lui-même, s'il n'ose encore s'attaquer à Melpomène, ne dédaigne pas les petits vers. Voilà plusieurs années déjà qu'il parle avoc éiéganrc !o divin langage : nous vous montrerons !(î placot qu'il fit à Monseigneur, pour un soldat invalide ; le brave homme y remercie toutes les fées d'avoir prodigué leurs

dons à ce grand prince, mais surtout, dit-il, celle qui, compatissante,

Voulut aussi me donner mes étrennes, En vous donnant la libéralité I (i)

Vous lirez sa traduction de VOde à S'« Geneviève, qui fit tant do plaisir au Père Le Jay. Nous avons mieux encore : ce hardi gamin avait eu l'audace, il y a quelques jours, d'apporter au collège une tabatière sur le couvercle de laquelle on voyait une miniature représentant l'Amour et Psyché. (Le croiriez-vous ? à son âge !) Pour punir un pareil manquement à la discipline, — oh I je ne fis pas venir le correcteur, mais je saisis l'objet. Deux heures après, je recevais une réclamation en vers, un quatrain si spirituel que je ne pus y résister... Une dernière fée, comme à Monseigneur, voulut « me donner la clémence « ! Le petit polisson, jadis, les a toutes rassemblées autour de son berceau ! 11 est né, en effet, avec tous les dons d'une heureuse nature ; la délicatesse littéraire n'est chez lui que le reflet de son élégance native. Ce fils de notaire a la tournure d'un jeune seigneur ; ses manières sont pleines de convenance et de dignité, ses gestes bien réglés, son langage d'une politesse exquise : il est charmant, jusque dans l'impertinence. Vous pensez bien qu'il n'a pas manqué de se faire des amis parmi nos élèves de la plus haute noblesse, M. de Richelieu, M. M. d'Argenson, sans négliger la solide noblesse de robe, avec M. de Cideville et M. d'Argental: précieuses amitiés qui sont dès maintenant le charme de sa jeunesse, et plus tard!.. Mais attendons la fin.

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