‹ De la méthode littéraireChapitre 164 sur 424 · II. — Le plan du livre · texte numérisé non relu

II. — Le plan du livre

i. Imperfections.

Il n'y a pas de plan véritablement solide. (V. le plan de l'ouvrage p. Ai-^o.) Comparer lu méthode de composition chez Montesquieu et chez Voltaire (Siècle de Louis XIV, 176 1). Les imperfections sont les mêmes. De 1700 à 1700, on ne sait plus aussi bien composer une grande œuvre que dans la période précédente. Mot de M. Faguet : « Ce grand livre est moins un livre qu'une existence... Il y a là non seulement vingt ans de travail, mais une vie intellectuelle tout entière » (Faguet,. YF///*^ siècle, p. i37). — Lire ÏÈloge de Montesquieu par d'AIembert (1755), p. i.

a. Qualités.

a) Fécondité des grandes idées générales autour desquelles on peut grouper ces 3i chapitres.

6) Intérêt des idées secondaires qui sont exprimées dans un seul de ces chapitres. Exemple : le sommaire du chapitre XIV, cité par .Iullian (p. 42, en note). — 11 nous produit la même impression que certains chapitres de Taine, de Renan, de de Tocqueville : il éveille en nous les idées générales, nous force à penser, à nous élever au-dessus des détails isolés pour remonter aux causes profondes et découvrir les lois permanentes de la nature ; il nous rend intelligents.

COMPTE RENDU DE LA CLASSE

Nous avons à saisir les intentions de Montesquieu dans sa préface et dans le chapitre V-^ du livre I ; c'est-à-dire que nous devons, par l'étude de quelques termes, auxquels il attache la plus grande importance, comprendre ce qu'il entend par l'esprit des lois. Vous savez que ce titre fit sourire les mondains. « De l'esprit sur les lois », dit M""** du Deffand ; et sa plaisanterie fut fort applaudie. M"'* du Deffand n'avait compris ni le mol « esprit », ni le mot « loi », ni aucun de ceux que nous allons examiner, et elle faisait elle-même de l'esprit fort mal à propos. Tâchons d'être plus exacts. L'exactitude, voilà quel doit être notre constant souci : comprendre d'une manière précise ce que l'auteur a voulu dire, mettre sous les mots qu'il a employés les idées quil a eues en vue, et les faits mêmes dont ces idées n'étaient que l'image en raccourci, tel est le but de notre lecture. — Aussi ai-je cru devoir Rapporter aujourd'hui ces deux gros volumes qui donnent à ma chaire un aspe(;t imposant : c'est le Dictionnaire de Darmesteter et d'Hatzfeld. ^'ous connaissez le mot d'Horace :

Sfgnius irritant aniinos dcmissa per aurem Quarn qux surit ocuUs subjecla Jidelibus. . .

l'esprit des lois 396

J'ai pensé que la vue de ces in-quarto symboliques frapperait assez bien vos yeux ! J'aurais volontiers pris également mon Littré, qui est un recueil unique d'exemples. Mais les quatre volumes de Littré ajoutés à ceuxci!... Contenions-nous de Darmesteter. C'est un bon guide. Sa méthode est exactement celle que nous devons suivre.

Lisez-nous le titre, de M.

— De l'Espkit des Lois, ou du rapport que les lois doivent avoir avec la constitution de chaque gouvornement, les mœurs, le climat, la religion, le commerce, etc., à quoi l'auteur a ajoute des recherches nouvelles sur les lois romaines louchant les successions, sur les lois françaises et sur les lois féodales.

— Quel est le mot le plus important ? de M. — Le mot rapport.

— Nous allons le trouver, en effet, dès les premières lignes du premier chapitre. Mais, pour nous préparer à le bien comprendre, lisez auparavant la préface, à partir de : « J'ai d'abord... »

L — La méthode de Montesquieu : la recherche des principes.

— J'ai d'abord examiné les hommes, et j'ai cru que, dans cette infinie diversité de lois et de mœurs, ils n'étaient pas uniquement conduits par leurs fantaisies.

— Pourquoi coramence-t-il par examiner les hommes ? Il semble que, voulant parler des lois, il aurait dû d'abord examiner les codes...

de M. — Les textes de lois lui paraissaient résulter de la pensée des hommes ; la loi dépendait des hommes avant que les hommes dépendissent de la loi.

— Autrement dit, il considère la loi comme un résultat, comme un effet, et il en voit l'explication dans la nature des hommes. L'humanité sera donc le sujet de son étude. Or l'humanité n'a pas été organisée au hasard. Pas plus dans les « lois » que dans les « mœurs », malgré leur « di-

296 PROGRÈS Di: LA RAISON DANS LA SOCIÉTÉ

versité », l'homme n'est conduit par ses « fantaisies ». Quel est le sens du mot fantaisie ?

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