AVANT-PROPOS
des études littéraires (r).-- Bref, si nous avions été au mois de novembre au lieu d être au mois de janvier, la a Question du Français » mise au premier plan de l'actualité fût peut-être passée des Revues pédagogiques dans les Revues de Cn d'année... Aujourd'hui, les journaux en parlent un peu moins: ils ont autre chose à dire. Mais nous y pensons toujours... Comment faire pour résoudre, quand on entre en Première, dans l'état où les élèves y parviennent actuellement, l'éternelle « Question du Français » ?
Beaucoup de candidats adoptent une solution bâtarde, que vous connaissez de reste. Sachant très bien qu'en neuf mois ils n'auront jamais le temps de lire d un bout à l'autre les auteurs du programme, ils prennent sans douleur le parti de les ouvrir le moins possible. Et, comme il faut pourtant connaître à peu près ce qu'il y a dans Racine, Voltaire ou Chateaubriand, ils s'adressent aux manuels et aux histoires littéraires. Il n'est pas rare de voir des élèves, assez intelligents sur d autres matières, se condamner en français à une besogne navrante : ils n'hésitent pas à résumer, oralement ou par écrit, ces estimables opuscules ; « ils apprennent, disent-ils, leur littérature! » Les souvenirs qu'ils empruntent à ce genre d'ouvrages passent ensuite, d'une manière plus ou moins directe, dans leurs dissertations, et nous ne savons jamais, en corrigeant les devoirs, si nos éloges ou nos reproches s'adressent aux jeunes auteurs ou à leurs trop secourables modèles. Je n'ai pas besoin d'insister sur les défauts de cette méthode, que les auteurs eux-mêmes des histoires littéraires sont les premiers à déplorer. Us ont composé ces petits ouvrages, dont beaucoup sont fort bien faits, non pour remplacer la lecture des textes originaux, mais pour vous guider dans l'étude que vous devez faire des classiques ; ils ne sont pas responsables de l'abus que vous commettez ! Cet abus n'en est pas moins funeste à nos études littéraires. En vain les Universités s ingénient à vous proposer des sujets simples, faciles, qui n'exigent que du bon sens, quelques idées
(i) M. CouTBA, Sénateur de la H'«-Saône. Séance du 20 décembre igo8.
générales et des connaissances restreintes. Vous préférez de plus en plus le manuel au texte classique, la leçon apprise en toute hâte à l'auteur lentement médité, l'art de mal réciter à l'art de bien écrire.
La méthode que nous allons vous exposer s'inspire du principe contraire : nous avons tâché, malgré le peu de temps qui nous était accordé, de lire nous-mêmes les textes originaux et de ne lire à peu près qu eux. Naturellement, il est utile, si vous voulez nous suivre, que vous ayez sous la main une histoire littéraire pour vérifier une date ou un détail biographique; mais j'espère que, le plus souvent, vous pourrez vous en passer. Si vous faites avec soin les lectures prescrites, si vous ne négligez aucune des indications données au jour le jour à vos camarades, vous posséderez, à la fin de juin, les connaissances nécessaires, et vous les aurez acquises (ce qui est bien plus important) par une méthode rationnelle. Mais il est inutile de résumer ici ce que vous verrez mieux, à loisir, dans le livre ; et puisque, dès le premier jour, j'ai dû exposer aux élèves notre plan de travail pour Tannée entière, je ne vous retiens pas plus longtemps à la porte de notre classe. Lisez le compte rendu de cette première séance ; écoutez-nous, réfléchissez ; et, pour peu que vous vouliez vous prêter à cette tentative, mettez-vous à l'œuvre, comme nous, à notre suite, sans tarder. Si vous êtes encore en Seconde ou en Troisième, vous aurez le précieux avantage de répartir sur plusieurs années le travail que nous avons dû accumuler en quelques mois... Si vous entrez en Première, et que vous n'ayez devant vous qu'une année, la dernière, tâchez au moins, comme nous, de l'utiliser pour le mieux ; et dites-vous qu'il n'est jamais trop tard pour se mettre à travailler d'une manière intelligente ! Puissions-nous ainsi vous fournir, par nos amicales confidences, le moyen de nous dépasser dans la voie tracée par nous-mêmes ; puisse votre travail devenir moins pénible dans l'effort, plus heureux dans les résultats!