IN AMI DE I,V PHILOSOPHIE
B. — Influence croissante exercée par la philosophie :
a) dans les idées.
Conséquences morales et politiques de ses doctrines :
— progrès des doctrines scientifiques sur l'organisation du monde. et victoire définitive du système de Copernic.
— progrès des doctrines philosophiqiies sur l'oryanisation des sociétés. La science sociale repose de plus en plus, comme les autres, sur le principe du libre examen, et non sur le principe d'autorité. Le gouvernement de l'avenir puisera sa force dans le suffrage des citoyens, plus que dans le respect mystique d'une famille privilégiée. Ces idées « patriotiques », « nationales » (les deux mots deviennent à la mode) se répandent tous les jours davantage.
b) dans les faits.
Conséquences économiques et sociales de ses doctrines :
— le développement de l'industrie : l'homme, instruit par la science, devient de plus en plus le maître de la nature. — C'est à cette partie des articles de V Encyclopédie que tiennent le plus les souscripteurs.
— le développement des classes sociales qui doivent à l'industrie leur richesse et leur influence — le légitime orgueil de la petite bourgeoisie, qui voit dans les hommes de l'Encyclopédie ses représentants naturels.
Conclusion (l'ésumant les différentes parties de la lettre).
Tels sont, Monsieur, les motifs de mon inébranlable confiance. Quoiq\ie je ne me dissimule pas la gravité de la situation (I), je suis sûr que votre énergie aura raison de tous les obstacles qui vous sont opposés (II) Nos adversaires dissimulent mal, sous une violence apparente, la faiblesse de leur principe (i, B) et la fragilité de leurs appuis (a. A). Nous avons pour nous, au contraire, la vérité (i. A). Chaque jour elle fait des progrès dans les esprits (2, B, a), dans les mœurs (6). Aveugle qui ne voit pas inscrit sur les murs de leurs couvents, de leurs châteaux et de leurs bastilles le Mané, Tliécel, Phares ! Ai-je besoin de rappeler, cher Monsieur, que si les événements travaillent pour notre cause, les bons ouvriers qui la servent ne négligeront rien pour assurer la victoire .'' Sans doute, au fond de ma province,
Un bruit assez fâcheux est venu jusqu'à moi.
On prétend que M. d'Alembert manquerait de courage et de persévérance, que M. de Voltaire verrait, par une coïncidence étrange, son enthousiasme se refroidir au moment où l'Encyclopédie traverse
une période difficile... Pénible épreuve pour vous, Monsieur, je m'empresse de le reconnaître, mais plus dure pour votre personne qu'inquiétante pour le succès final de votre entreprise. Vous triompherez, Monsieur, malgré vos ennemis, en dépit même de quelquesuns de ceux qui furent vos amis. Vous triompherez, parce que vous méritez de vaincre, et aussi parce que le gros de vos troupes, confiant dans la soUdité du plan de campagne et dans le talent du général, ne vous abandonnera pas. Voilà ce qu'un des plus humbles parmi les défenseurs de la philosophie a tenu à vous faire savoir aujourd'hui, en vous assurant de sa profonde et respectueuse sympathie.
E. LaiMbelin, Notaire a Sens.
LECTURES COMPLÉMENTAIRES sur l'état de l'esprit public en i']bo et le milieu favorable au succès de V Encyclopédie.
1. Sur les débuts de la philosophie appliquée à la politique :
Le club de rEnlresol, de 1728 à 1731 (^Écrivains politiques, Introd., p. xv).
2. Sur les symptômes d'une révolution menaçante, entre 1750 et 1755:
a) Les désordres causés par les querelles religieuses et parlementaires :
Longue citation du Siècle de Louis XIV de Voltaire dans la Société française au xviii^ siècle, p. 169.
6) Autres symptômes :
— Extraits du Journal du marquis d'Argenson, passages désignés plus haut, p. 819.
— Société française au xviii* siècle, p. 142 : la nécessité d'une prochaine révolution.
— AuBKRTiN, L'esprit public au \vm^ siècle : la partie relative à d'Argenson.
— RocQUAiN, L'esprit révolutionnaire avant la Révolution, p. 177-202.