I. — Le repos
Si j'étais, comme le bruyant auteur du Discours sur l'Inégalité, à la fois amant de la nature et citoyen de Genève, je vous décrirais les charmes du paysage et me réjouirais d'avoir pour voisine l'austère république... N'étant pas M. Rousseau, je me contenterai de vous dire que j'aperçois de ma chambre le lac et les montagnes couvertes de neige, que j'entends le mugissement des vaches dans les prairies voisines, et que mon plus grand plaisir sera de voir sur ma table, à l'automne, avec le raisin de ma vigne, les fruits de mes espaliers. Horace ne fut pas plus fier du domaine de la Sabine, il ne goxita pas avec plus de naïveté les joies du propriétaire campagnard... Horace, pourtant, n'avait pas essuyé, comme votre ami, toutes les contrariétés qui font maudire au philosophe la société des hommes. l\ avait bien, dans sa jeunesse, paru sur un champ de bataille, puisqu'il y avait laissé, non bene, sans bravoure, son bouclier dans la déroute ! Mais depuis, quelle tranquillité, sous la protection d'un Mécène, au milieu d'amis dévoués, sans autre souci que la rencontre de « fâcheux » inoffensifs ! Qu'eùt-il dit si, quarante années durant, il avait eu à ses trousses...
Remarquez l'avantage que nous avons trouvé à ne pas classer nos idées d'une manière définitive, à nous laisser du jeu et de la liberté. J'avais l'intention de passer du paysage à. la santé; mais cette intention était vague et molle, a Le raisin de ma vigne, les fruits de mes espaliers » m ont
'l'Jl) l,F. IIOM.WTISMK KT I.A HÉVOMiTioN
fait penser à Horace, si heureux d'èlre chez lui. 1*U le nom d'Horace m'a bien rappelé sa chétive sanlé, reddes forte latus!... prœcnnus, soUbus apLus ; mais aussitiU d'autres souvenirs ont surgi, Mécène, la tran(iuilliié de sa vie... et j'ai trouvé avautaoe à rappeler l'existence agitée de \o\taire, à opposer Mécène et Fi-édéric... l*^rédéric et Mécène ! Bonne idée ; parallèle inattendu, qui me donnera d'autres idées encore... — Nous suivez le travail de l'imagination créatrice, et vous voyez dans qu(>lle mesure un plan iloit être exact et complet, sans prcîudre pourtant des contours trop nettement délimités. — (Continuons:
Qu'oût-il (lit si, quaranlo aniu'os durant, il avait ou à ses trousses MM. du Parl(^mciit, MM. do la Sorboniio, MM. les libraires, et los ducs, et les censeurs, et les savants, cl les [)c'daiils, el loa sols do iouto paroisse, lo clergé, l'Université, cl les sbires île Frédéric? Qu'eût-il dit si...
Le rythme (si 1 ou peut parler de rythme dans nos de^voirs !) est, avec l'association des images, un puissant moyen d'invention. Ouand vous avez trouvé une forme de phrase, elle vous poi'te, elle vous entraîne ; vous la remplissez d'exemples, et vous pouvez la répéter juscpi'à trois fois : une seconde fois, par exemple, sur ses continuels voyages et le nombre infini de ses déplacements forcés, une troisième sur le caractère fantasque de ses Mécrnes couronnés, (jui, après l'avoir comblé de titres et de pensions, le r(Mivoient comme un vagabond et font fouiller ses bagages... lùicore un procédé que vous ne pouvez pas exactement prévoir dans le plan et pour lequel il faut laisser de la marge...
L'heure savancc... Depuis combien de temps causonsnous ?
lî. — 35 minutes, en tout.
— Si nous continuions à rédiger ainsi, nous aurions sûrement terminé la première partie au bout de l'heure. = — Vous prolongeriez la comparaison entre Horace et Voltaire sur la snnli', le régime... avec une ou d(Mix phiMses consacrées à Tronchct, — Vous ajouteriez trois phrases
UN LXEHCICE iMPHOVlil': \-j-j
encore sur les distractions mondaines de Voltaire : ses projets relatifs à la société genevoise — son théâtre à domicile — les visites espérées de ses amis...
J'aime mieux me hâter, et vous dire ce qu'il faudrait faire ensuite, au commencement de la seconde heure. Voici comment je disposerais la deuxième partie :