II. — L'activité de Voltaire
Transition.
N'allez pas me comparer pourtant au rat de La F"ontaiiie, et me croire sottement réfugié dans un bon fromage, sans me .soucier de mes amis. J'ai la prétention de leur être plus utile du fond de ma retraite que dans les cages dorées où les rois se flattaient d'enfermer la philosophie... Le philosophe a brisé ses liens ; le philosophe s'est enfui ; il brave désormais leurs flatteries aussi bien «pie leurs menaces ; et pas un jour ne se passera sans qu'il ne lance à leur adresse quelque trait bien acéré.
I . D'autres combattront an premier rang ; il leur laisse le rôle important.
— Eloge de d'Alembcrt et de Diderot. Leur jeunesse. Leur activité.
— R(jle qui convient à Voltaire... Son âge, ses goûts; il sent qu'il appartient déjà un peu au passé ; il est presque un patriarche, peu fait pour les batailles rangées. Mais il peut se charger des besognes secondaires, combattre en tirailleur; il sera, au besoin, \cut ijarrun de boulicjue.
■i. Moyens dont il usera:
a) L'exemple de sa personne el de sa vie.
— Il montrera ce que doit être un philosophe utile aux hommes. Il usera de tous les moyens, dût-il acheter un plus grand domaine :
— pour améliorer l'agriculture ;
— pour créer ou encourager des industries ;
— pour faire régner la justice et adoucir les mœurs du peiiple.
6) L'action.
— Influence qu'il espère exercer par sa correspondance avec tout ce qui compte en Europe.
— Son projet de Dictionnaire philosophique ; la défense de la raison.
— Ses libelles satirifjues, en prose ou en vers, conlre la guerre, la
superstition, et toutes les formes de la barbarie ; la défense de l'hiimanité. Qui sait même si MM. des Parlements ne lui donneront pas l'occasion d'intervenir plus d'une fois en faveur des opprimés ?
Conclusion.
Vous le voyez, mon cher ami, c'est un autre Voltaire que vont trouver devant eux les éternels ennemis de la philosophie. On le croit oublié, disparu, mourant ! Jusque sur le bord de la tombe, il leur rappellera gaîment son existence, et le vieux malade, ranimé par le séjour des Délices, réserve plus d'une surprise à ses ennemis comme à ses amis. Pensez à moi, mon cher d'Argental, écrivez-moi, aimez-moi ; et croyez que mon amour pour la philosophie n'a d'égal que mon dévouement pour les philosophes.