CHAPITRE II
QUELLES SONT, PARMI LES IDÉES ACTUELLE- MENT VIVANTES, CELLES QU'ON PEUT ENCORE APPELER LES IDÉES VOLTAIRIENNES ?
CONSEILS ORAUX (0 RELATIFS AUX LECTURES SUR LES ŒLVRES DE VOUTAIRE APRÈS 1755.
Le temps n'est plus où l'on disait couramment « un voltairien », et les idées générales auxquelles le « Patriarche » avait attaché son nom n'ont pas échappé au sort de tous les lieux communs : elles sont devenues banales, au sens primitif du mot; elles n'appartiennent plus à personne parce qu'elles sont désormais la propriété de tous. — 11 n'est pas impossible, pourtant, aujourd'hui, de reconnaître la part de Voltaire dans le patrimoine commun, et de retrouver ces idées auxquelles resta longtemps associé son souvenir. Vous chercherez, dans vos Extraits, les idées voltairiennes . Vous les rattacherez aux trois divisions suivantes, qui vous faciliteront le travail.
I. — Idées philosophiques sur le inonde, la nature et les principales questions métaphysiques.
Vous les trouverez dans les Extraits du Dictionnaire philosophique. Ce sont aujourd'hui les plus démodées : les grands lieux communs de la religion naturelle sur l'Être
(j ) Le- titres vl l'iadicution des textes ont seals été dictés.
48o LE ROMANTISME ET L.V REVOLUTION
suprême, sur le théisme et le Dieu rémunérateur vengeur, sur la place de l'homme dans l'univers, paraissent aujourd hui insuffisants aux âmes religieuses, et trop religieux encore aux purs philosophes. Ce spiritualisme (beaucoup plus proche qu'on ne la dit de celui de Rousseau) n'en a pas moins, pendant un siècle, rallié à lui l'élite de la bourgeoisie libérale, et il n'est pas tellement mort que vous ne puissiez encore connaître de véritables voltairiens. Pourtant, c'est de i8i5à 1870 qu'il faut placer son triomphe... Je possède une édition de 1818, un de ces V^ollaire dits « de propagande », en 42 volumes, qui se multiplièrent sous la Restauration et que tout bourgeois libéral avait dans sa bibliothèque au temps du ministère Villèle ou du ministère Martignac. Mon exemplaire, encore très propre dans son cartonnage bleu foncé à titres rouges, n'a que quatre volumes vraiment usés : ce sont justement les quatre tomes du Dictionnaire philosophique. Le dos en est un peu cassé ; sur les deux faces de chaque volume, la main d'un assidu lecteur a fait peu à peu apparaître le carton grisâtre sous le papier bleu ; certaines pages sont jaunies au coin : on y sent le livre de chevet d'un amateur très soigneux... Vous vous le figurez sans peine, pour peu que vous ayez vu quelque portrait de cette époque (i), la figure soigneusement rasée, la longue cravate nouée autour du haut faux-col, relisant au coin du feu le Dictionnaire philosophique, et revenant sans lassitude à l'article Dieu, à l'article Philosophe, à l'article Religion, aux pages qui ravissaient toujours son âme de vieux voltairicn.
Vous chercherez ces pages en souvenir de vos arrièregrands-pères !