‹ De la méthode littéraireChapitre 293 sur 424 · C. — L'époque de Marivaux · texte numérisé non relu

C. — L'époque de Marivaux

de M. — ... et du marivaudage!

A. — Le Mariage de Figaro, qui eut tant de succès, est ironique d'un bout à l'autre. Sauf dans le monologue, les personnages ont l'air de considérer comme tout naturels des abus extravagants...

B. — « Il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l'obtint ! »

S. — Quelques années avant, 'l'urgol terminait par un

l'espuit de voi.taihk /I89

mot à double entente sa lettre de démission à Maurepas, qui l'avait desservi ; il laissait entendre, avec un sourire amer, le contraire de ce qu'il disait : «Je ne doute pas de la part que vous avez prise à l'événement du jour, et j'en ai la reconnaissance (|ue je dois. »

— L'ironie était à la mode. Tout le monde la comprenait. Tout le monde aimait l'esprit. « Qui n'a pas vécu à cette époque, dira Talleyrand, ne sait ce que c'est que la douceur de vivre. » Des 1747, Zadig trouvait un public. — Quels sont les mots qui relèvent, dans la réflexion du roi Naijussan, la saveur d'une pensée affreusement banale ?

B. — Le mot fâché, là où nous traduisons : indigné. L'atténuation est ironique : il dit moins pour laire entendre plus.

C — De même: la nature humaine... 11 accuse la nature, et non les individus... 11 considère la malhonnêteté comme presque excusable parce qu'elle est inséparal)le de la nature... Et l'excuse est pire qu'un reproche! 11 accuse la nature pour mieux flétrir l'humanité.

de M. — La répétition des deux chiffres, « soixante et (juatre danseurs », « soixante et trois filous » ! en apparence, par un louable souci de la précision ; en réalité, pour nous faire apprécier la ridicule proportion des honnêtes gens, comparés...

de B. — ... aux filous !

— Ce mot gai, ce mot polisson termine bien la phrase. Essayez de l'introduire dans la manchette de nos journaux : il jurerait avec le ton de ces moralistes austères. Essayez, en revanche, de prêter leur vocabulaire au roi Nabussan, de mettre : « brigands, voleurs, financiers véreux... » : vous lui ôterez tout son esprit. Vous direz lourdement les choses, au lieu de les laisser entendre dans un sourire. 11 n'y aura plus d ironie !

Achevez la lecture, B.

— On aurait en Perse empalé ces soixante et trois seigneurs ; en d'autres pavs on ciU fait une chambre de justice qui eût consommé en frais le triple de l'argent vole, et qui n'ciM rien remis dans les coffres

apO LE ROMANTISME ET LA REVOLUTION

du souverain ; dans un autre royaume, ils se seraient pleinement justifiés, et auraient fait disgracier ce danseur si léger; à Serendib, ils ne furent condamnés qu'à augmenter le trésor public, car Nabussan était fort indulgent.

— Sur quel point porte ici l'ironie? Est-ce sur la malhonnêteté des hommes ?

B. — Xon. Voltaire passe de la satire des sujets à celle des gouvernements, qui abrutissent le peuple par leur cruauté ou le corrompent par l'exemple de leurs propres scandales.

— Voilà, en effet, ce qu'il veut dire. Et comment le laisse-t-il entendre?

B. — Toujours de la même^manière : en affectant de trouver les choses d'autant plus naturelles qu'elles le sont moins...

— Comment appelle-t-on, dans le langage familier, ceux qui font ce genre de plaisanterie ?

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