C. — Des pince-sans-rire
— Voltaire reste, en effet, le plus illustre des pincesans-rire. Musset le lui a reproché ; il parle quelque part de son « hideux sourire ». Le père de Fàntasio fut ce 1 jour-là bien ingrat pour l'auteur de Zadig ! Le sourire de Voltaire n'a rien de hideux. Tout au plus pourrait-il devenir un peu rebutant chez d'autres, qui n'auraient que ce genre d'esprit ; il y a quelque chose de sec, de déprimant dans une ironie continuelle... Mais, pour peu que vous ayez parcouru vos Extraits, vous avez pu voir que ce merveilleux conteur ne s'en tient pas à la raillerie cruelle, qu'il sait causer d'un ton simplement enjoué et s'élever, quand il le faut, à une véritable éloquence. Le poète charmant de VÈpître à Horace savait, comme le bon Nabussan, sourire avec indulgence ; et la Prière à Dieu sur la Tolérance corrige ce que tant d'autres pages peuvent avoir de trop pessimiste, de trop amer dans l'ironie.