UN COURS DE SORBONNE SUR ANDRÉ CHÉNIER
Si nous n'avons pas dédaigné, dans certaines occasions, ces procédés un peu sommaires, nous nous sommes bien gardés d'en faire une habitude. Toute notre méthode proteste contre une pareille manière d'agir, et ce n'est pas ainsi qu'on est sur de répondre aux vœux de la Faculté. Avant d'adopter sur André Chénier ces idées toutes faites et ces formules sèches, nous aurions dû étudier, sans parti pris, sans hypothèses trop hâtivement formées, un certain nombre de textes, pour nous élever peu à peu à des conclusions générales. Il faut aller des faits à l'idée, et non pas de 1 idée aux faits ; il faut en dégager, par l'observation, les rapports qui les unissent, et non vérifier après coup des hypothèses adoptées sur la parole du maître ; il faut prendre dès le lycée de bonnes habiludes de travail.
Je vous les ai montrées déjà dans le cours de M. Lanson, et nous avons vu combien, toutes proportions gardées, nos procédés devaient se rapprocher des siens. Nous allons les retrouver aujourd'hui, à propos d'André Chénier, dans le cours de M. Chamard, d'autant mieux que les circonstances ont fait de ce cours un dialogue, moins différent d'une de nos classes que le monologue habituel du professeur de Faculté. Un étudiant, par hasard, était chargé du commentaire, et le professeur le corrigeait. Ce n'était pas, comme au lycée, un échange continuel de vues, par questions et par l'éponses ; l'étudiant n'a
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pas été interrompu ; il n'a pas davantage, ensuite, troublé le professeur dans sa critique générale. 11 y avait là, pourtant, un certain élément de variété, et le commentaire, présenté sous deux formes successives, n'en a été que mieux compris.
I. — La méthode appliquée par un étudiant. — Ce qu'il en avait aperçu. — Ce qui lui avait échappé.
L'étudiant (un des meilleurs) était un licencié, candidat au diplôme d'études supérieures, un grand élève par conséquent, un trî's grand élève, mais un élève tout de même. Sa méthode ne pouvait être que celle d'un débutant, qui comprend bien les procédés du maître, sans voir toujours très nettement Vespril dont ils s'inspirent. Il avait vu et retenu surtout la partie formelle de la méthode, les procédés extérieurs qui permettent d'éclairer, par des rapprochements ingénieux avec d'autres textes, le sens d'un épisode isolé.
I. L'art de « situer », dans l'œuvre de l'auteur, le morceau à expliquer, d'en indiquer l'idée générale et le plan.
Le texte était emprunté au Mendiant d'André Chénier (v. 97-148). On nous rappelle donc le sujet de la pièce. Un mendiant affamé rencontre sur le bord d'un fleuve la fille du riche Lycus. Klle s'effraie d'abord, puis se laisse attendrir. Le soir, l'étranger est introduit au palais, grâce à la complicité d'une vieille nourrice. Le morceau, composé de 5a vers, se divise en deux parties, dont la seconde se subdivise elle-même en deux autres :
I (v. 97-1 1^). Supplicafion de Vétrnnger à Lycus.
II (v. 1 1 5- 1/18). Réponse de Lycus à rélranger :
1 (v. I 16-126). Déclaration générale sur les lois de l'hospitalité ;
2 (v. 127- 1/48). Invitation particulière adressée au mendiant: Lycus lai offre le vivre et le couvert.
L'idée générale est donc une définition de Vhospitalitê ;
ANDRK CIIÉMER EN SOIUSON.NE OOL)
mais cette définition, donnée par un poète, est avant tout une peinture :
ut piclura poesis !
Pas une idée qui ne soit une image, pas une pensée qui ne revive à nos oreilles et sous nos yeux, qui ne pénètre en nous par la double harmonie des sons et des couleurs.