‹ De la méthode littéraireChapitre 320 sur 424 · L'abus de la périphrase · texte numérisé non relu

L'abus de la périphrase

— Le calcul prévoyant, pour l'ingénieur.

— Le chêne en est le corps et le vent en est Vâme !. . . une véritable énigme !

Voici d'autres rébus :

L^équilibre des poids le balance sur l'onde... Longtemps de son berceau l'enceinte l'emprisonne...

Qu'est-ce que l'équilibre des poids ? Qu'est-ce que ce berceau qui est une enceinte ?

Ce goût de la périphrase était devenu une véritable maladie du langage. Boileau l'avait déjà combattue en i66o; il avait appris aux poètes à nommer les choses par leur nom :

J'appelle un chat un chat, et Rollet un fripon I

t'influence MTTÉRAinE DE LA REVOLUTION 627

N'ictor nugo(i) osera plus encore :

Je nommai le cochon par son nom ! Pourquoi pas ?

L'art du poète lyrique consiste, non pas à fuir les termes particuliers, mais à faire revivre en eux l'image qu'ils représentent, à les rapprocher de l'objet dont ils évoquent la vision, à leur rendre la couleur et la vie.

Ces leçons étaient bien oubliées en 1800! On appelait le café la fève de moka ; le sucre n'était plus que le miel américain; le papillon, un insecte parvenu, de lui-même étonné; la toile, un chanvre salutaire; les épingles, des dards utiles à Vhumanilé ; et nul n'ignore la célèbre définition de la chemise !

Voilà ce que l'abbé Delille a recherché toute sa vie.

3' défaut: la monotonie du rythme et l'absence de toute sonorité.

La poésie n'est pas seulement une peinture. Elle est aussi une musique... Or Delille, qui, pourtant, traduit les poètes antiques, a tout à fait oublié que les vers lyriques, jadis, se chantaient sur la lyre ; il n'a plus, ou presque plus, le sentiment de l'harmonie.

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