‹ De la méthode littéraireChapitre 323 sur 424 · L INFLUENCE LITTERAIRE DE LA REVOLUTION D · texte numérisé non relu

L INFLUENCE LITTERAIRE DE LA REVOLUTION D

les langues étrangères, les syllabes muettes sont plus douces encore ou plus sourdes que les syllabes non accentuées de l'allemand ou de l'espagnol ; la proportion reste à peu près la même, et le contraste est suffisant lorsque le poète sait en tirer de bons effets. Dorchain vous en cite de nombreux exemples.

Je ne crois pas que vous puissiez en signaler un seul dans ce passage de l'abbé Delille. Cette poésie est d'une platitude rare ; elle est infiniment moins harmonieuse que la prose; et non pas même que la prose de Chateaubriand, si sonore, ou de Napoléon, si énergique, ou de Jean-Jacques, si proche du vers, mais que la prose la plus familière, la plus sautillante, de Voltaire ou de Diderot. Les syllabes se succèdent, monotones, toutes de même valeur. A peine sommes-nous arrêtés, de temps en temps, par des négligences cacophoniques :

... le vent en est l'âme...

... ses Jlancs : géant...

... sa carène est dans l'onde...

... tout à coup l'airain tonne...

Le reste est pâle et gris et ne frappe pas plus l'oreille que l'imagination... Il a beau évoquer les «éclats du tonnerre » : sa foudre, son airain ne nous émeuvent guère ; il lui a manqué ce sens poétique par lequel Victor Hugo saura traduire l'idée en images sonores. « Le bruit du tonnerre ! »... Sans doute, l'artillerie l'imite, par l'inégalité même des sons, plus ou moins forts, plus ou moins espacés, et souvent suspendus en un silence tragique, qui rend plus effrayant le tapage qui suit... Mais, au lieu de dire le mot, Hugo imite les sons et reproduit dans son vers, par une harmonie analogue des syllabes accentuées ou muettes, complétée par les coupes, les phases du phénomène :

On entendait le bruit des décharges, semblables A. des écroulements énormes...

Et voilà justement comme on écrit en vers !

Bezard. — Méth. 34

53o LE ROMANTISME Et LA REVOLUTION

Je ne veux pas insister plus que de raison sur les faiblesses de labbé Delille. Il ne faut que rarement se permettre ce genre d'explication qui consiste à montrer les défauts d'un texte médiocre... Mais il est utile de les signaler quelquefois, pour mieux apprécier les bons écrivains. ^ ous voyez où en était réduite alors la poésie : pas d'idées, pas d'images et peu d'harmonie... l*^t nous sommes déjà en i8i3 !... Vous vous expliquez sans peine l'enthousiasme de Villemain saluant, six ans plus tard, dans les Méditations de Lamartine la résurrection de toutes ces belles choses : « D'où venez-vous, .Monsieur, vous qui nous apportez une si belle poésie ? » L'âge classique est terminé. Le romantisme commence.

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