‹ De la méthode littéraireChapitre 360 sur 424 · D'UN JUGEMENT AMÉRICAIN SUR ALFRED DE MUSSET · texte numérisé non relu

D'UN JUGEMENT AMÉRICAIN SUR ALFRED DE MUSSET

SOM MAIRE

M"* Yincens, professeur au Smith Collège de Northampton (Massachusetts) disait, il y a quelques années, à M. Jules Huret, après une classe où l'on avait fait la comparaison classique entre le Lac, le Souvenir et la Tristesse d'Olvmpio: « Xous admirons Hugo, et nous aimons Lamartine, répondent nos jeunes Américaines ; quant à Musset, nous ne comprenons pas ses sentiments... »(i)

Le voyageur français ajoute : « Je goûtai fort cette sincérité. Gomment ces intelligences lucides mais positives, ces âmes froides et ignorantes, ces natures passionnées de sport et de mouvement eussent-elles pu comprendre la poésie du souvenir, cette analyse subtile des expériences du cœur, les délices du rêve et de ses joies maladives ?

Le seul bien qui me reste au monde Est d'avoir quelquefois pleuré.

Et je ne pouvais m'empêcher de rire, à l'idée d'une jeune Américaine, sortant d'une folle partie de basketball ou de hockey sur la glace, et qui se trouve devant ces deux vers. »

Je ne sais si l'on ne pourrait pas en dire autant de

(i) J. HuBET, De !Seii<-York à la Nouvelle-Orléans, p. ï/ig.

I)'u.\ JfOI.MKM AMKUICAI.N SUU ML'S.SFT 6o5

vous-inùmes. A force de vous répéter que l'action est nécessaire, qu'il faut mettre son honiieur à agir et non à rêver, à éviter des peines nouvelles et non à pleurer sur les i-hagi'ins passés, je crois bien (ju'on a obtenu quelques ii'suitats. Ils iw. sont pas tous excellents. I.e développement d'une certaine; brusquerie dans les manières, la rudesse un peu all'ectéc de certains sentiments, le dédain de !a douceur et de la délicatesse, parfois même de la plus l'Iémentaire civilité, pourrai(înt bien être chez nos plus sigoureux sportstnrn les coiisé(|uences les plus claires de rcfie prédication, (i ) .Mais elle a pu produire aussi de bons etiets. Ceux qui partagent pour la sensibilité exces- -.ive d'Alfi-ed de .Musset l'indifierence des jeunes misses <1(; Northanipton ont sans doute (|uol(pies raisons à donner.

Vous relirez les Extraits de Musset édités à l'usage des fiasses, ^'ous direz ce qui vous y plaît, ce qui vous y déplaît, et dans quelle mesure on peut étendre à l'œuvre entière du poète ce jugement un peu sommaire: «...Quant à Musset, nous ne comprenons pas ses sentiments! »

COMPTE RENDU DE LA CLASSE

Page 1