LA SENSIBILITÉ DE VICTOR HLGO
hitude. Donc le poète riait de tout avec eux, et d'euxmêmes, mais sans malice...
O jeux charmants, clicrs entretions 1
Il notait leurs réilexions les plus naïves ou les plus tendres ; il souriait de la fillette qui montait vers lui à petits pas,
Et lui disait d'un air très grave :
J'ai laissé les enfants en bas I
Il notait sa douceur craintive :
Elle disait souvent : Je n'ose.
Et ne disait jamais : Je veux.
Il tirait de ses observations ses contes les plus persuasifs, et nous pouvons être sûrs que les combats entre les nains et les géants ont fait place, plus dune fois, aux aventures déplorables de Mademoiselle « Je veux », ou aux malheurs trop mérités de l'insupportable « Touche-àtout »... Certes non, il n'est pas fier ! Il n'est pas dédaigneux ni moqueur! Mais il est fort malin, et très capable d'enfermer dans le conte le plus fantastique la sagesse de « Monsieur le Curé >> !
Faut-il nous étonner, après ces confidences, que les enfants l'aient aimé ? Ne mérite-t-il pas plus que de l'indulgence, et ne regrettez-vous pas, de M., votre jugement du début ? — Sans doute, sa faiblesse est parfois bien choquante, et nous avons joint nos reproches aux justes critiques de ceux
... sur qui dans sa cité (i) Repose le salut de la société.
Ce prédicateur d anarchie ferait un médiocre censeur. Mais comme il sait se faire pardonner ses torts î Comme la finesse de son esprit, comme la sûreté de son jugement
(i) Art d'élrc grand-père, VI, 6.
compensent la douceur de son caractère ! C'est le cas de dire, une fois de plus, qu'il sera beaucoup pardonné — même par ceux qu'il traite si mal, même par ceux qu'il appelle des cuistres et des dogues — à qui sut beaucoup aimer ! Pour vous, qui n'avez même pas cette raison de lui en vouloir, vous saurez désormais quels vers il faut redire si l'on avance devant vous que l'auteur de la Vie aux champs a manqué de sensibilité !