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SOUVENIRS DE NOS LECTURES DEUX OPINIONS PARTICULIÈRES AUX ÉLÈVES

Si vite que nous ayons dû passer sur trop de points, le genre dramatique a plusieurs fois attiré notre attention, et j'espère que vous êtes capables de traiter tous les sujets relatifs au théâtre... Quand on a fait à ce propos les lectures nécessaires, quand on s'est habitué à exposer le sujet d'une pièce, à définir une intrigue, analyser des caractères, indiquer les principales qualités de l'expression, peu importe l'auteur ou la pièce sur laquelle la Sorbonne croit devoir vous interroger : je ne dis pas que vous faites toujours la même dissertation (ce qui ne serait pas précisément un éloge), mais vous appliquez toujours la même méthode, parce que le genre di'amatique est celui dont les conditions changent le moins avec les époques. Les règles auxquelles il obéit sont k ce point déterminées par la nature même du genre que, si vous les connaissez bien d'après Racine ou Molière, vous ne serez pas embarrassés pour juger Marivaux ou Voltaire, Dumas ou Hugo, et que les pièces les plus modernes, auxquelles nous arrivons aujourd'hui, ne vous déconcerteront pas.

Appliquons une dernière fois notre méthode au théâtre de la période contemporaine, et rappelons-nous les caractères de l'art dramatique dans quelques pièces connues du XIX* siècle.

JUGEMENT DES ELEVES SLH LE THEATKE 707

I. — La méthode classique dans l'étude de deux œuvres du théâtre moderne.

J'avais apporté, pour vous en lire des fragments, deux d(;s pii'ces les mieux accueillies depuis dix ans par le public : les Affaires sont les Affaires, de Mirbeau, dont le succes est désormais consacré ; et le drame de Bourget, la Barricade, qui, si discuté et discutable qu'il soit, n'en paraît pas moins devoir rester une des œuvres les plus caractéristiques de la période contemporaine... Mais, outre que je n'aurais pu (pour toutes sortes de motifs) lire en classe que des fragments, il vaut mieux que nous parlions d'oeuvres déjà connues de tous. Revenons à celles qui circulèrent toute l'année entre vos mains, à titre d'échantillons :

i) pour le genre grave : Patrie de Sardou ;

2) pour la couiédie sérieuse : le Gendre de M. Poirier d Kmile Augier, et le Monde où Von s'ennuie, de Pailleron ;

3) pour le vaudeville : la Cagnotte et l'immortel Perrichon, dont je n'ai pas besoin de rappeler l'auteur.

Je me souviens, à propos de Labiche, d'une réflexion que me faisait un jour (très amicalement du reste) une grand'mère : « Croyez-vous que la Cagnotte et le Voyage de M. Perrichon soient bien utiles pour le baccalauréat? — [extrêmement utiles, répondis-je, non sans quelque pointe de paradoxe! Outre que les mots désormais classiques : « Faut de l'engrais !» — « Un tout petit Mont Blanc, un immense Perrichon » — « La Mère de glace » valent bien, dans leur genre modeste, le sans dot! et la galère de Molière, tel de ces jeunes gens que le Misanthrope laisse froid comprendra mieux d'après ces inventions bouffonnes et ces personnages funambulesques, ce qu'est une intrigue ou un caractère, que dans des chefs-d'œuvre classiques un peu austères pour son âge... » — L'excellente dame n'insista pas ; mais je sentis que c'était, de sa part, pure politesse ; et je crains bien qu'elle ne continue, malgré le suc-

ces de son petit-fils à l'examen, à croire qu'il ne doit pas cette réussite éclatante aux conseils de feu Labiche!

1. Elle ne pouvait qu'approuver, au contraire, sans réserve le choix des autres pièces, et c'est avec enthousiasme cjuelle me rappela la Première du Monde où Von s^enmùe... .le pensais à elle, dernièrement, enlisant le feuilleton d'Ad. Brisson(i); et certainement cet article ne lui aurait pas déplu. Jugez-en. M. Brisson soutient notre thèse favorite. Il reprend la comparaison classique, déjà vieille (elle date de l'apparition de la pièce, en 1881), entre les Femmes Savantes et l'œuvre de Pailleron, et ce qu'il dit, pour avoir été 678 fois répété depuis, à chaque représentation, n'en est pas moins une remarque intéressante. 11 montre pourquoi un caractère est vivant, et comment il se fait que Bellac, la comtesse, la duchesse, Suzanne ressemblent à Trissolin, Philaminte, Chrysale et Henriette, sans en être les pâles copies. Donner la vie à ces figures, ajouter, comme dit Balzac, à 1' « état civil », et créer des hommes plus vivants que beaucoup de ceux qui les regardent! Faire connaître en quelques scènes, en quelques répliques parfois, tout un tempérament, toute une intelligence, toute une vie, par des paroles si profondes, si naturelles, si bien parties du fond de leur cœur qu'elles le découvrent à nu ! Leur prêter des ridicules à la fois si généraux et si particuliers, si vrais de l'homme de tous les temps et de l'homme de notre époque, qu'ils se gravent éternellement dans nos yeux et notre mémoire, et que nous disions : a C'est un Bellac » comme on dit : a C'est un Trissotin... » Tel fut toujours l'art de Molière, et un jour celui de Pailleron. C'est ce que le critique du Temps met en pleine lumière ; si la Sorbonne admettait un pareil sujet, M. Brisson serait sans aucun doute reçu avec mention !

[Lecture et analyse de quatre colonnes du feuilleton.]

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