‹ De la méthode littéraireChapitre 421 sur 424 · I . Le plan d'études · texte numérisé non relu

I . Le plan d'études

L'idéal serait que vous possédiez, chaque année, un cahier de sommaires analogue au nôtre ; car il permettrait à vos dilférents maîtres de voir, à chaque rentrée, ce que vous avez lu dans les classes précédentes. Beaucoup de professeurs de langues vivantes emploient déjà ce procédé ; ils ont un cahier de classe et peuvent se le communiquer; aussi l'examen de passage est-il enfin devenu, pour certains d'entre eux, une réalité. Malheur aux élèves qui ne peuvent pas répondre aux questions qu'on leur pose d'après leurs propres cahiers ! Ils sont impitoyablement refusés, et les paresseux obstinés sont seuls à se plaindre d'un tel régime... Mais cette heureuse entente en vue d'une méthode commune n'est encore qu'une exception, et si elle est appelée à devenir la règle dans un prochain avenir, nous n'en devons pas moins agir pour le présent comme si elle n'existait pas. Nous supposerons, par conséquent, que personne

ne VOUS impose un plan général d'études. Prenons avec courage notre parti des choses, et tâchons d'établir nousmêmes, entre tous ces enseignements, le lien logique dont l'absence se fait si cruellement sentir.

Imaginons que votre professeur de Sixième vous signale, conformément à son programme, la naïveté du récit dans les Fabliaux, l'art de la description dans Fénelon et Bufibn, l'art d'exprimer avec grâce des idées simples, chez les poêles du XIX^ siècle... Prenez en note, de votre mieux, des plans très simples et très courts, d'une bonne grosse écriture comme celle de mon élève A.(i) Naturellement, vous substituez à son cahier une série de feuilles volantes, pour les raisons qui l'ont lui-même rétrospectivement convaincu. — Quand vous arriverez, plus tard, dans le second cycle, ce n'est pas une fois, par hasard, mais d'une manière habituelle que se produira la scène que nous avons racontée. Vous reviendrez sur les mômes auteurs dans un esprit différent. Vous reprendrez les mêmes textes, et vous les rattacherez sans peine, aidés par vos lointains souvenirs, à des idées générales de plus en plus philosophiques. Votre professeur de Seconde vous rappellera, dans les Récils du moyen âge, ce que vous a dit votre premier maître de cet art naïf et charmant ; mais il insistera sur certains sentiments plus difficiles à comprendre et rattachera votre nouvelle étude à la formation des idées de conscience et d'honneur, d'après un recueil plus complet des écrivains de cette époque. Votre professeur de Première ne manquera jjas de revenir sur le style de Télémaque et de VHisloire Naturelle ; mais il vous fera remarquer, de ])lus, les qualités et les défauts de l'esprit novateur dans la Lellre à r Académie, et vous définira l'esprit scientifique d'après les Extraits des Epoques de la Nature ; il reprendra vos vieilles notes, les notes naïves de l'enfant, pour y souder les remarques nouvelles de l'adolescent : l'élève aura l'impression qu'il continue, qu'il pro-

(1) V. l'épisode de la j). C.'i3 : in cahier d'ejtraits fait par an élcvc de Sixième.

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longe, d'après les mômes principes et dans la môme direction, l'étude commencée avec ses professeurs de grammaire. Que dire de ces élégies à la fois charmantes et profondes, de ces pièces empruntées à Lamartine, à Musset, à N'ictor Hugo, dont les unes vous ont ravis dès le début de la Sixième, dont les autres ne peuvent être bien récitées et bien comprises qu'à la fin de la Première ? Bien plus, les mêmes poésies donneront lieu, suivant les âges, à des réflexions différentes, mais chaque fois rattachées à un dessein général. A plus forte raison si nous choisissons des auteurs constamment étudiés dans toutes les classes, comme Corneille, Racine et Molière. Les professeurs de grammaire vous apprennent, dès aujourd'hui, et très bien, comment on analyse une scène, une tirade, un caractère. Malheureusement, pur votre faute, il ne vous reste rien de précis, rien de durable du meilleur des enseignements. Imaginez, au contraire, que vous conserviez, de votre Quatrième, de votre Troisième, une série danalyses écrites comme celles que nous avons dû faire in extremis en Première... Que de temps gagné ! Quelle sûre méthode acquise et pratiquée de bonne heure ! <^ue de pierres d'attente sagement disposées de manière que vous n'ayez plus qu'à poser dans le second cycle le couronnement de l'édifice ! Croyez-le, même dans les conditions actuelles, même sans y être aidés suffisamment par les programmes, vous pouvez établir un lien entre vos connaissances éparses et travailler avec suite, selon un plan rationnel, toujours en vue de l'avenir.

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