‹ De la méthode littéraireChapitre 73 sur 424 · PRÉCIEUX D AUJOUUD HUI, PRECIEUX D AUTREFOIS · texte numérisé non relu

PRÉCIEUX D AUJOUUD HUI, PRECIEUX D AUTREFOIS

icssaires pour que chaque idée soit bien expliquée. Peu iriipoiMc que les dilTérentes parties soient plus longues, du moment qu'elles se font équilibre, et que, par des coupures bien placées, vous ménagez entre elles un repos siilfisant. Étudiez dans les auteurs, dans les orateurs surtout, les périodes un peu amples : vous verrez qu'elles se décomposent toujours en plusieurs membres de valeur à peu près égale et séparés par des silences. Toute langue est une musique ; elle obéit aux mêmes lois que toute espèce d'harmonie : elle vit de mesure et d'équilibre.

J'avais préparé d'autres exemples. J'avais aussi des documents précieux sur Vemploi des termes, notamment sur cet horrible mot d' a épurer », d' « épuration » que j'ai rencontré dans les cojiies deux cents fois, si ce n'est trois cents, c Epurer la langue » ! C'est donc une opération de vidange, ou de literie ? Et le mot « essence » ! L' « essence » de la comédie ! Jargon d'automobiliste. Et « langage » écrit à l'anglaise ! Language de globe-trotler. Et les barbarismes ! « ruellistes », « sanité d'esprit», « dévulgarisation » ! — Vous prétendez pourtant (quelques-uns du moins) avoir beaucoup de « cachet »... Combien j'aimerais mieux un peu de goût, du plus modeste, du plus simple !

Le dialogue et la dissertation.

Plusieurs élèves. — Et le dialogue ? Et la dissertation ?

— C'est juste. Je les oubliais. Les minorités ont toujours tort ; il faudrait au moins leur accorder une représentation proportionnelle. Donnons-leur donc dix minutes. Aussi bien, je ne puis que répéter au sujet du dialogue et de la dissertation ce que nous avons dit sur la lettre, ce que nous redirons toute l'année : « De la grâce, du goût, de la vivacité, avant tout ! Peu de science ! El aucune, aucune érudition ! » — Ces conseils ne sont pas à la mode, je le sais. Mais on ne s'occupe pas de la mode du jour, lorsqu'on se met, comme de B. dans son dialogue, à la mode d'il y a deux cents ans ; et l'on s'en moque plus en-

io6 l'esprit classique au xvn* siècle

core, lorsqu'on a l'esprit persifleur de cet excellent C. dans sa dissertation.

De B. nous transporte chez sa grand'mère à Paris, place des Vosges :

Tous les dimanches soirs, raconte-t-il, je vais dîner chez grand'mère. Ah, les bonnes soirées I Je m'en souviendrai toute ma vie. Que d'heures agréables j'aurai passées dans sa vieille maison de la place des Vosges, de l'ancienne place Royale! J'arrive vers sept heures du soir. Après l'animation du quartier du Marais, dont les rues étroites, commerçantes, sont sillonnées d'innombrables voitures, j'aime le calme de cette place qu'entourent de vénérables hôtels ; j'aime leurs façades en briques rouges, leurs toits à la haute silhouette, percés d'élégantes lucarnes, leurs cheminées hardies qui se découpent alors sur le ciel étoile. Je me retrouve au temps d'Henri IV et de Louis XIII, à l'époque des beaux mousquetaires et de la grande Mademoiselle ; je crois entrer chez la grand'mère de M"® de Sévigné, dont ce fut le propre logis...

— Qu'est-ce que vous dites à votre voisin, L. ?

— Rien, Monsieur.

— C'est vrai, mais vous alliez lui dire quelque chose, si je ne vous avais pas regardé... Et votre confidence serait, j'en suis convaincu, très intéressante pour la classe. Faitesnous part de vos réflexions !

— Je me demandais si vraiment de B. avait trouvé tout seul les briques, les cheminées, les beaux mousquetaires et...

— N'achevez pas !

Habes reum conjitentem !

J'ai, en effet, un peu complété la copie, et j'attendais cette objection. Voici le texte authentique, tel qu'il avait été d'abord rédigé par votre camarade :

Tous les dimanches soirs, je vais dîner chez grand'mère. Ah, les bonnes soirées ! Je m'en souviendrai toute ma vie. Que de soirées agréables j'aurai passées dans la vieille maison de la place des Vosges, de l'ancienne place Royale ! Quand on y arrive vers sept heures du soir, quand on sort de l'animation du quartier du Marais, dont les rues étroites sont sillonnées d'innombrables voitures, on est étonné du

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