‹ De la méthode littéraireChapitre 78 sur 424 · PLAN D'ÉTUDE DE TROIS DÉVELOPPEMENTS · texte numérisé non relu

PLAN D'ÉTUDE DE TROIS DÉVELOPPEMENTS

SOMMAIRE

Si nous avions le temps de nous arrêter à loisir sur un auteur, Bossuet est assurément celui qu'il faudrait choisir pour étudier l'invention.

Il est le moins didactique de tous nos prosateurs ; en cela, on pourrait dire de lui, presque autant que de Pascal, que ce grand orateur n'est peut-être pas un excellent maître d'éloquence. Lorsque nous parlerons de la composition proprement dite, c'est à Corneille, à Racine, à Molière, à Boileau que nous emprunterons des exemples ; et si nous tenions à prendre un orateur, nous aurions recours à Bourdaloue. Tous ces écrivains, en effet, construisent leurs tirades ou leurs développements avec ordre, avec méthode, par un raisonnement logique ; le plan de chaque page est très facile à découvrir ; et les vieilles rhétoriques pouvaient leur emprunter autant d'exemples qu'aux orateurs anciens, lorsqu'elles recommandaient la célèbre théorie du paragraphe.

Bossuet, au contraire, ne fait pas « le paragraphe ». Bossuet est un poète, un poète lyrique. Il se laisse emporter par le sentiment, par l'imagination, plus qu'il ne s'appuie sur le raisonnement. L'unité qu'il met dans son discours l'essemble plus à celle que nous trouverons dans les grandes pièces de V. Hugo qu'à celle d'une tirade de Corneille... Rien n'est plus instructif, à cet égard, qu'une

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comparaison faite au tableau entre le Sermon sur la Mort de Bossuet et le Sermon sur la Pensée de la Mort de Bourdaloue, entre leurs sermons sur l'Ambition ou la Providence... Le plan de Bourdaloue est régulier, harmonieux ; les accolades sont toutes de même longueur ; les paragraphes contiennent à peu près tous le même nombre d'idées ; le tableau est régulièrement couvert... Celui de Bossuet (autant qu'on peut le retrouver) est irrégulier, plein d'apparentes lacunes ; les idées sont rattachées les unes aux autres par un détail ; il n'y a pas d'équilibre, pas de contrepoids ; la figure n'a plus aucune symétrie.

Puisque nous ne pouvons, malheureusement, nous arrêter sur des œuvres entières, vous étudierez trois pages, trois paragraphes de Bossuet, et vous tâcherez d'y voir la force de Vimagination créatrice :

1. Le premier est ce curieux développement (^Sermon sur la Mort, second point, de : «Je ne suis pas de ceux qui font grand état des connaissances humaines...» à: «Pensez maintenant...») où Bossuet se laisse aller, par exception, à faire un véritable paragraphe ! Il passe en revue les conquêtes de la science ; il montre l'homme, « maître du feu et de l'eau », « obligeant même le soleil à rendre compte de tous ses pas », devenu le « chef de l'Univers»; on croirait entendre Descartes... Mais, dès qu'il s'aperçoit de cette complaisance, il s'arrête, il s'excuse presque ; il « laisse à la rhétorique les longues et scrupuleuses énumérations », et il revient, dit-il, à la théologie.

2. Le second est tiré du Sermon sur V Ambition. C'est le fameux passage où il compare l'ambitieux au cèdre d'Kzéchiel: « Assur, dit ce saint prophète, s'est élevé comme un grand arbre, comme les cèdres du Liban... » — jusqu'à : « Mais je saurai bien m'alfermir... » — Bossuet raisonne le moins possible ; il voit, et il décrit : tout est comparaison ; ou plutôt (la métaphore étant une comparaison abrégée), tout est image, tout fait tableau. Vous pourrez recueillir ailleurs d'autres exemples de ses traductions et de ses paraphrases ; partout vous serez frappés de ce don

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