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peler, plus il a trouvé d'esprits crédules sous le nouveau, qui cependant les a hautement condamnés. Aussi entendons-nous tous les jours répéter que l'action ex empto est tout-à-fait personnelle, et de graves auteurs, M. Carré par exemple, emprunter à Pothier des définitions qui, aujourd'hui, ne sont plus que de solennels démentis donnés au Code civil (1).
En continuant à rapprocher quelques termes de comparaison, je trouve la matière de la mise en demeure , sur laquelle le Code est en dissidence avec l'ancien droit et avec Pothier son principal organe; celle des clauses résolutoires expresses, qui jadis n'offrait que des fictions, et que le Code a rendue à la vérité; celle des ventes à l'essai , qui aujourd'hui repose sur des idées qui ne sont que le contre-pied des enseignements de Pothier (2) ; la théorie de la tradition (3) et celle des fautes contractuelles (4), que le Code a refondueet épurée; le bail, qui sous la main des rédacteurs du Code civil est devenu un droit réel, poursuivant la chose en quelques mains qu'elle passe (5); le contrat de société, qui s'est agrandi par l'impulsion donnée à l'industrie et à l'agriculture, et qui a puisé dans l'esprit d'association de nouvelles et ingénieuses combinaisons; le contrat de prêt, qui, dégagé des étreintes du droit canonique, multiplie ses efforts pour rendre plus abondantes les sources du crédit; le con-
(1) J'ai relevé cette erreur de M. Carré, n° 26?.
(2) Infrà, 107.
^3) It>frà} n°' 267 et suiv.
(4, Infrà, n°« 361 et suiv.
(5) Art. 1743.
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trat de vente, qui dans son contact avec un régime hypothécaire à peu près neuf, et avec un mouvement plus rapide de la propriété qui se subdivise et se fractionne en tant de mains, fait surgir des questions imprévues, importantes et épineuses (4); etc., etc. Je crois que je n'ai pas besoin de pousser plus loin ce parallèle, et qu'il doit être désormais prouvé que, si le défaut d'actualité pouvait être reproché à quelqu'un, ce ne serait pas à celui qui s'applique à faire ressortir ces différences et ces progrès. Non que je veuille éloigner de l'élude de Pothier ceux que sa raison exquise et sa simplicité toujours lumineuse captivent si justement. Malheur sans doute à l'homme de loi qui ne méditerait pas sans cesse ses écrits instructifs! Mais prenons-y garde. Quelque nombreux que soient les emprunts que le Code a faits à Pothier, les systèmes n'en sont pas moins tellement divers pour le fond, qu'il est indispensable de les reprendre en sousœuvre, et de tracer une ligne de démarcation entre ce qui existe et ce qui a cessé d'être la règle des intérêts modernes.
Ensuite, dans la déduction de ces principes qui survivent aux révolutions, et sont aussi aneiens que le droit lui-même, il n'est pas dit que Pothier ail toujours eu un égal bonheur. Quelques-unes de ses
(1) Par exemple, celle qui consiste à savoir si le vendeur, après avoir échoué à l'ordre, peut demander la résolution du contrat (n° 621); si , lorsque l'immeuble a été sous-aliéné, le vendeur peut demander la résolution contre tous les sous-acquéreurs, ou seulement contre quelques-uns, ou même contre son acquéreur, saisi d'une fraction de la chose (n0' 642 à 06o).
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opinions peuvent être envisagées d'un point de vue différent; ses doctrines sont parfois contestables. En résumant les riches travaux des grands jurisconsultes du seizième siècle, qu'il n'égalait pas en invention, mais qu'il possédait à merveille, il a souvent effacé leur énergie originale et pénétrante, sous les formes méthodiques, mais un peu sèches, que le dix-huitième siècle avait mises en honneur. Enfin, on peut lui reprocher un style négligé et lâche , et des connaissances assez médiocres en histoire (1) : sa philosophie dénote plutôt l'honnête homme que le penseur, et, faute d'un système largement conçu, il est tantôt trop stoïcien avec les jurisconsultes romains ('2), et tantôt trop casuisle avec les pères de l'Église (3). J'ose donc le dire : il y a encore quelques richesses à recueillir dans les régions qu'il a parcourues (4); et, en parlant avec celle liberté d'un des jurisconsultes qui font la gloire de la France, je ne veux faire autre chose qu'engager des athlètes plus capables que moi à se mettre à l'œuvre, et à ne pas céder à des préjugés qui tendent à rendre la science slalionnaire. Admirons dans Pothier son discernement sur, sa logique simple et droite , sa clarté qui ne se dément jamais , son admirable talent pour faire aimer la science et pour la populariser. Pothier sera toujours notre premier jurisconsulte sous le rapport de la puissance de propagation-,
(1) Ce reproche lui a été fait lors de la publication de ses Pan decies, à raison du titra : De origine juris. Infrà, p. 211.
Ci) ////"/«, n° 413.
(3) Voyez, vos distinctions entre le i'or intérieur et le for extérieur.
(4) M. Toullicr l'a prouvé par la manière dont il a traité les Obligations.