Moniteur du 28 mai
arrivé à subordonner ses verdicts à l'appréciation du mérite et de l’opportunité de la peine ; de là des acquittements scandaleux qui avaient eu pour résultat de couvrir la justice de ridicule.
La cause de tout le mal, c’était toujours la propen:sion du jury à ne pas se renfermer dans son rôle de juge et à s’octroyer le privilège de contrôler la loi. « Le jury, disait M. Barthe, dans l’Exposé des motifs de Ia loi du 28 avril 1832, s’habitue à faire peu de cas de sa propre sincérité ; il se réfuyie dans des fictions, c’est-à-dire dans le mensonge ; il se parjure de peur d’être cruel... Il est notoire que le jury recule souvent devant les conséquences de sa déclaration ; pense-t-on qu'il se rassurât sur la foi d’une atténuation qu'il espérerait de l’indulgence de la Cour ? Non sans doute, et l’expériencenous démontre que le penchant du jury est de s’assurer, par l’effet même de sa déclaration, les atténuations qu'il croit justes » (1). En effet, sion parcourtles tableaux de statistique criminelle publiés par la chancellerie, on est étonné du petit nombre de cas où la peine prononcée par le jury estcelle que fait supposer le titre de l'accusation. En 1829, sur 142 condamnés par suite d’une accusation d’assassinat, 52 seulement ont été condamnés à mort; sur 45 condamnés par suite d’une accusation d’infanticide, 7 seulement ont été condamnés aux
travaux forcés à perpétuité; sur 2.285 condamnés par