‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre meilleuresChapitre 118 sur 156 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De la réclusion séparée appliquée aux condamnés adultes. — Instruction primaire. — Instruction morale et religieuse. — Instruction professionnelle. — Droit de locomotion. — La réclusion séparée à l'aide de ce droit n'est pas moins compatible avec les longues peines que le système de la réunion. — Motifs d'intérêt public qui, dans tous les cas, devraient faire pencher l'opinion en faveur de l'emprisonnement individuel. — Du rang que i'e'ducation doit occuper dans le système pénitentiaire en général, — Idées erronées à cet égard. — De la mise en liberté provisoire appliquée aux condamnés adultes. — Inconvéniens qu'il y aurait à cette application, • — Droit de grâces; ses abus; limites à apporter à l'exercice de ce droit. — Nouvelle forme qu'il conviendrait de donner à l'administration des prisons. Projet d'organisation. — ■ Dépense ; considérations sur cette question.— Emploi du salaire des détenus. — Nécessité d'assurer à ce dernier un pécule suffisant, au moment de sa libération.

S'il est un argument décisif en faveur de l'adoption du principe de la réclusion séparée, c'est l'expérience tentée dans la maison des jeunes détenus à Paris. Cette expérience, ainsi que nous venons de le voir, a réussi sous tous les rapports, et malgré l'effroi calculé de certains pronostics, elle a démontré que le seul mode de détention capable de répondre à tous les besoins et à toutes les espérances des amis de la réforme, en ce qui touche les enfans,

396 nÉCLUSiON séparée; condamnés adultes.

était le régime cellulaire complet, mais tempéré par le travail, Texercice de la promenade et les relations quotidiennes des détenus avec la population honnête de la maison. Les établissemens destinés à l'éducation corrective des jeunes délinquans auront beau se distinguer par l'ordre, la discipline et le choix du personnel des employés, du moment qu'ils seront soumis à la vie commune, ils pécheront par l'une des imperfections les plus graves que l'on puisse reprocher à un système pénitentiaire, et cette imperfection est d'autant plus irrémédiable qu'elle est organique, c'est-à-dire inhérente à la manière d'être du pénitencier; car si les communications de la parole y sont interdites, les relations de la vue ne le sont pas et elles ne peuvent l'être, parce que le vice de la réunion s'y oppose.

En abordant la question de l'emprisonnement des condamnés adultes , dénomination qui, dans notre pensée , comprend les hommes comme les femmes, ce n'est donc pas un faible avantage pour nous de pouvoir invoquer en faveur de notre opinion le préjugé résultant de l'épreuve faite sur les jeunes détenus. Les adversaires du principe de l'isolement avaient, pour ainsi dire, mis hors de page le côté de la question qui intéresse les jeunes détenus, attendu que ceux-ci étaient, à leur sens, hors d'état de sup-

INSTRUCTION PRIMAIRE. 6g']

porter l'application du principe, et voilà que dès le début, nous apportons la preuve du contraire, en établissant par des réclusions plus ou moins prolongées, et dont une a duré jusqu'à dix mois, que ce principe n'est pas moins applicable aux enfans qu'aux adultes.

Les explications étendues que nous avons données, dans le chapitre précédent, sur ce qui concerne l'instruction primaire, l'instruction morale et religieuse , et l'apprentissage d'un métier , considérés dans leurs rapports avec le régime de la séparation individuelle, nous dispenseront de traiter de nouveau ces questions, qui nous conduiraient à des redites. Nous ne ferons que les effleurer ici pour montrer que les solutions que nous avons fournies à l'égard des jeunes délinquans sont, de tout point, admissibles, par rapport aux condamnés proprement dits.

En effet, pour ce qui est de l'instruction primaire, la nouvelle méthode introduite dans la maison des jeunes détenus, ayant été créée pour former des élèves enfermés chacun dans une cellule séparée, mais pris collectivement , il s'ensuit qu'elle doit être applicable aux condamnés adultes aussi bien qu'aux enfans , puisqu'il est question de soumettre les premiers au même mode de détention que les seconds.

3^8 mSTRUCTIOV TVrOP.ATE FT RFTJGfEUSÎ^.

Bailleurs, en supposant, ce que je suis éloigné de croire, fpie les succès croissans de cette méthode ne se soutinssent pas, faute d'un personnel enseignant, assez bien choisi et suffisamment rétribué, je ne verrais pas dans ce mécompte un motif pour augurer moins favorablement des résultats moraux de l'emprisonnement individuel. Je pense , avec beaucoup de bons esprits, que l'instruction primaire n'est qu'un instrument dont le possesseur peut tirer un bon ou un mauvais parti, selon sa moralité , et que s'il y a de l'inconvénient à ce que les classes pauvres, mais honnêtes , ne soient pas éclairées dans une certaine mesure , il ne saurait y en avoir à ce que des criminels entrés ignorans dans une maison de force, en sortent illettrés comme ils l'étaient à l'époque de leur incarcération.

Il n'en est pas de même de l'instruction morale et religieuse. Celle-ci ne peut que cultiver ou fortifier le sens moral dans le cœur du condamné, et, à ce titre , elle doit être considérée comme le ressort le plus important et le plus efficace de l'amendement. En Amérique , le ministre du culte , là où il en existe un attaché à la prison , instruit les prisonniers collectivement par la voie de la prédication, indépendamment des entretiens familiers qu'il a avec chacun d'eux. Dans le pénitencier de Cherry-

Page 1