‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre meilleuresChapitre 119 sur 156 · INSTRUCTION MORALE ET RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION MORALE ET RELIGIEUSE

Hill , on use , pour cet effet ^ d'un procédé très simple. Le ministre se tient au centre ou à l'une des extrémités du corridor cellulaire, qui est divisé longîtudinalement par un rideau suspendu à une tringle, et s'étendant d'une extrémité à l'autre. Les portes de bois des cellules sont ouvertes, afin de donner passage à la voix du ministre, et de cette manière, les détenus entendent l'instruction sans qu'il leur soit possible de se voir. Les surveillans sont d'ailleurs présens pour empêcher les conversations.

L'appareil que je viens d'indiquer est peu embarrassant , et pourrait être adopté en France sans difficulté; cependant, je préférerais une combinaison propre à la construction même de la cellule, et telle , que d'après les lois de l'acoustique , la voix de l'aumônier ou des ecclésiastiques qui lui seraient adjoints , pût être entendue distinctement par tous les détenus d'un corridor sans qu'il fût besoin d'interposer un corps quelconque entre les cellules pour prévenir les relations visuelles des détenus. M, Blouet, dans celui de ses projets qui est basé sur la réclusion séparée, me paraît avoir pourvu convenablement à ce besoin, en fermant chaque cellule d'une double porte en bois de chêne, dont l'une, la plus rapprochée du condamné, serait garnie de barreaux de fer dans la partie supérieure. La première porte étant

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entr ouverte pendant l'instruction , il serait facile au détenu d'entendre celle-ci au moyen des interstices ménagés dans la partie supérieure de la seconde porte.

Je reviendrai encore ici sur les élémens qu'il importe de faire entrer dans le fond de cette instruction. L'amendement des malfaiteurs adultes exige sous ce rapport, de la part du directeur religieux, une connaissance approfondie de leurs mœurs, de leurs habitudes et de leurs doctrines, soit dans la société, tant qu'ils parviennent à y tromper les recherches de l'autorité ou à éviter ses soupçons, soit dans les prisons, pendant qu'ils y subissent la peine encourue par leur condamnation. L'empire des idées religieuses est sans doute très puissant, mais celui de la morale ne l'est pas moins. Il l'est d'autant plus qu'il prend son point d'appui dans les choses d'ici bas, tandis que le religion prend le sien dans la cité céleste.

Or, quelles que puissent être les terreurs de l'inconnu , je crois que les intérêts moraux de l'homme sont si étroitement liés à ses intérêts matériels, qu'il y a plus à attendre, pour l'amendement du malfaiteur, de l'action vive et soutenue du principe moral que de l'influence du sentiment religieux, lequel nous détache de ce monde par la pensée bien plus

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qu'il ne nous y dirige comme citoyen. Le principe moral est sans doute moqué et foulé aux pieds par l'escroc et le voleur dans la société civile et dans la vie commune des prisons, parce qu'ils ont besoin l'un et l'autre de justifier à leurs propres yeux et à ceux de leurs pareils, les actes d'immoralité, de dépravation, et de rapine, qui caractérisent l'espèce d'hommes à laquelle ils appartiennent ; mais le sophisme fait place chez eux à la droiture de la vérité morale, sitôt que leur intérêt se trouve aux prises avec celui de la société régulière. Alors ils redeviennent familiers pour se défendre, avec les mots de justice, de droit, d'humanité; eux qui tout-à-l'heure affichaient le mépris des lois , et qui les violaient à leur profit par les attentats les plus audacieux et les plus criminels, se réfugient maintenant sous leur autorité tutélaire. Ils les invoquent avec sollicitude, avec assurance.

Assis sur la sellette d'accusés, ils parlent le langage de l'innocence et de la justice, comme s'ils n'avaient pas méconnu les droits de l'une et de l'autre. C'est surtout par la bouche de leur défenseur qu'ils font entendre ce noble langage. Convaincus du crime contre lequel ils protestent, frappés d'un juste châtiment, la loi les protège alors même qu'ils sont courbés sous le joug de la peine , elle les protège II. ^6

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contre leurs gardiens, contre les employés supérieurs préposés au maintien de la discipline de la prison, elle les protège contre eux-mêmes.

L'empire des lois est une chose admirable. Malheur à ceux qui en dénient les bienfaits , qui n'en comprennent pas la dignité. C'est dans les maisons de force que cetle dignité se montre avec le plus de calme et d'élévation. Le condamné y est détenu pendant toute la durée de l'expiation de son crime non comme un homme déchu de tous ses droits et voué à une sorte de sacrifice, mais comme un être égaré, qui a forfait aux lois divines et humaines , et qui , dans son infortune, est pour ces mêmes lois un être sacré. Le principe moral ne fait pas acception de la qualité des personnes ; il respecte le droit partout où il existe , il le respecte dans l'individu même qui fait profession de l'outrager chez les autres. Je ne sache pas qu'il existe dans l'ordre religieux un texte plus capable que celui-là de couvrir de confusion les malfaiteurs les plus endurcis, de leur arracher l'aveu de leur propre turpitude et de leur inspirer le respect des devoirs de la société.

La morale religieuse des prisons doit être une morale à part. Tant que le clergé n'aura pas égard à cette vérité et qu'il aura la prétention d obtenir des condamnés ce qu'il est en droit d'attendre

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