FORME NOUVELLE A DONNER
grâces seraient beaucoup plus fréquentes avec le régime cellulaire qu'auparavant, l'influence préventive et morale de ce régime en recevrait de graves atteintes.
Les appréhensions que j'exprime , la prudence que je conseille, n'ont certes pas pour objet de diminuer les chances de faveur justement acquises à tout détenu, qui marche d'un pas ferme dans le chemin du repentir et de la réforme; mais de préserver l'administration de trop de condescendance et de faiblesse. En effet, le nouveau régime offrira plus d'ouverture aux abus sous ce rapport que l'ancien, et la raison en est que dans la vie commune, les détenus se jugent entre eux et peuvent apprécier exactement la justice ou l'injustice des grâces accordées, tandis que dans le système de l'isolement, ce contrôle qui est un frein puissant pour le directeur, n'existera plus.
Le droit de grâce employé avec discernement et avec sagesse, me paraît de nature à lever les scrupules opposés au principe de l'isolement par des personnes plus méticuleuses qu'éclairées et à garantir par cela même la supériorité de la réclusion individuelle sur tous lesautres systèmes de détention.
Le personnel des prisons est une des questions dont la solution intéresse le plus le succès de la ré-
A l'administration des prisons.
forme; sur ce point, il n'y a qu'une voix parmi les sectateurs des doctrines les plus opposées. Les rapports qui existent entre les directeurs et les préfets, n'étant pas établis sur des bases convenables, au dire des inspecteurs généraux, il en résulte que les premiers de ces fonctionnaires ne jouissent ni d'une considération , ni d'une autorité suffisante, et que par suite ils n'exercent ni sur les employés qui dépendent d'eux, ni sur les détenus l'ascendant que réclament la stricte observation des règles de la discipline et le bien du service. ( i )
(i) Il nous a paru convenable de transcrire ci-après les propres expressions d'un rapport de l'inspecteur général , déjà nommé dans une remarque précédente, sur l'état actuel des relations existantes entre les préfets et les directeurs des maisons centrales , afin de mettre le public à même d'apprécier la nécessité des remèdes que nous avons cru devoir proposer de conjointement avec d'autres écrivains.
« Je terminerai cette note en appelant l'attention du ministre sur un.objet « fort délicat, je le sens, mais qu'il faut pourtant aborder, puisqu'il me paraît « intéresser essentiellement la prospérité des maisons centrales. Je dirai donc, « avec toute la franchise que m'inspire le désir du bien , qu'il est de toute « nécessité de déterminer d'une manière précise , quelle est la nature des « rapports qui doivent exister entre les préfets et les directeurs des maisons « centrales, et jusqu'à quel point l'autorité des premiers doit s'exercer dans « les établissemens dirigés par les seconds.
« J'ai vu des préfets confondre les directeurs avec les concierges des prisons, « et les traiter en conséquence; j'en ai vu d'autres, exiger qu'il ne fût in- « fligé aucune punition sans leur approbation préalable; d'autres , défendre « de changer un détenu d'atelier, avant qu'ils eussent jugé, du fond de leur