‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre meilleuresChapitre 148 sur 156 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Obligé par la nature de mon sujet de fouiller dans les replis les plus cachés et les plus fangeux de la société, et de mettre en relief les vices et les méfaits de tout genre qu'on y projette ou qui y fermentent, je n'ai pu m'empécher de donner aux tableaux que j'ai esquissés, aux considérations que j'ai exposées, une forme ou une couleur à-la-fois triste et sévère.

L'homme moral a ses infirmités et ses plaies comme l'homme physique. L'écrivain moraliste, pouvant tirer ses inductions de données positives, mériterait bien peu de créance, si, avant d'indiquer des préservatifs et des remèdes contre les mauvaises passions qui altèrent et corrompent la nature morale de l'homme, il ne découvrait et ne sondait le mal pour en apprécier les caractères et en mesurer la profondeur, à l'imitation de l'anatomiste qui dépouille et qui scrute jusqu'aux veines les plus déliées de la partie malade , pour saisir les causes de l'affection, qu'il est chargé de décrire et qu'il peut être appelé à guérir.

Cependant, il y a autre chose, dans la nature morale de l'homme que des vices et des infirmités.

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il y a de nobles instincts, des élans pleins de chaleur et de force vers le bonheur de rhumanité. Dans le vice, c'est le moi, la personnalité qui domine; dans la vertu, sous quelque forme qu'elle se produise, c'est l'abnégation de soi, le dévoûment, qui forme le ressort principal de l'acte vertueux. Quelque tristesse que le spectacle des misères humaines ait pu répandre dans mon âme, j'ai été assez heureux pour rencontrer sur ma route de nombreux sujets d'éloge en l'honneur de l'humanité. Il me serait facile d'en signaler dans tous les rangs de la société, mais c'est la classe pauvre qui m'a offert les exemples les plus rares et les plus touchans de bonté, d'amour et de fraternité. J'éprouve d'autant plus de satisfaction à proclamer ici sa prééminence, sous ce rapport, que le pauvre, quand il n'est pas laborieux et réglé, est plus près que tout autre du vice et du crime et qu'en étudiant les classes dangereuses, nous n'avons eu que trop d'occasion de nous convaincre que c'était lui qui en composait la partie la plus nombreuse. Ceci prouve que les qualités les plus nobles et les plus élevées peuvent se développer chez le pauvre comme chez le riche, et que ce n'est pas la pauvreté qui avilit, mais le vice.

A aucune époque de nos annales, la France n'a été l'objet de plus de recherches, d'études et de ré-

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vclations, qu'au temps où nous sommes. La vie des peuples libres est une vie ouverte à tous les yeux, et, pour ainsi dire , percée à jour. La liberté qui en rend le mouvement si actif, si original, et quelquefois si orageux, est un frein, en même temps qu elle est une source de caprices et de désordre. Si l'homme vicieux et passionné ne craint pas d'affronter la censure , l'homme moral veille sur lui-même, et secontientd'autant plus que ses écarts offriraient plus de prise à la malignité publique. Les actions du premier deviennent, au moyen de la publicité, la pâture du médisant et de l'homme oisif. Celles du second restent ignorées, ou du moins elles ne sont connues que de lui et de ceux qu'il a édifiés par ses exemples y- qu'il a obligés par ses services. De là vient que les personnes qui ne jugent pas froidement le monde de leur époque, le calomnient. Ne faudrait-il pas désespérer de la nature humaine, si l'on ne s'en formait une idée que d'après ses faiblesses, ses travers et ses vices ?

Non^ l'homme n'est pas ainsi fait: il y a en lui autant de grandeur que de bassesse ; ses instincts moraux ne l'abandonnent jamais. Us se montrent, ils jettent de l'éclat jusque dans les prisons, jusque dans les bagnes , et les manifestations auxquelles ils donnent lieu dans ces demeures du crime , sont la preuve la plus irréfragable et la plus imposante

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de leur réalité et de leur empire. J'ai parlé des classes dangereuses que la ville de Paris renferme dans son sein , de leurs excès et de leurs attentats; mais je n'ai point parlé des hommes de bien fournis par la population tout entière , qui se dévouent avec ardeur au soulagement des malheureux , qui surveillent avec prudence l'éducation des enfans du pauvre, contribuent à leur placement, et qui administrent avec sollicitude le fruit de ses économies. Je n'ai point parlé des femmes vertueuses qui , pour honorer les devoirs de la maternité et resserrer les liens de la famille, assurent des secours à l'enfant du pauvre , dès le berceau , ainsi qu'à sa mère , soutiennent ses premiers pas dans l'asile, président à l'éducation des jeunes filles dans les écoles , et aident à placer les plus malheureuses. La charité , dont la pratique est si naturelle et si douce, a trouvé des disciples fervens même parmi de jeunes personnes à peine sorties de l'enfance. Initiées dans les exercices de cette vertu par leurs propres mères, elles apprennent à connaître, sous leurs yeux, les tristes inégalités de la vie humaine, à les adoucir, et à se contenter de la condition où la providence les a fait naître.

La force et la puissance d'un peuple , consistant dans sa dignité morale et dans les efforts qu'il fait

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pour la maintenir, c'est aux ministres de la religion, c'est aux écrivains à veiller à la conservation de ce dépôt sacré. Je ne répéterai pas ici les observations que j'ai présentées, dans le cours de cet ouvrage, sur la direction qu'il convient d'imprimer à la religion pour lui rendre l'ascendant qui lui appartient. Je ne nierai pas que l'observation des lois divines ne conduise à l'exacte observation des lois humaines ou de la morale ; mais je suis convaincu qu'à une époque de scepticisme comme la nôtre, le prêtre doit être moins théologien que moraliste, et que pour ne pas déroger à l'orthodoxie , il prive le christianisme d'une foule de sectateurs, qui, reculant devant la profondeur impénétrable de ses mystères, se rallieraient avec joie à ses préceptes, comme à la source la plus pure des vérités morales. En admettant donc qu'une religion ne saurait être altérée dans ses dogmes , sans déchoir en quelque sorte de la hauteur de sa mission, je crois néanmoins que, selon les temps, l'élément moral doit y dominer l'élément dogmatique, et que cette nécessité existe maintenant pour la France.

Sans vouloir affaiblir le respect dû à la religion , et sans nier l'étendue de son influence, j'ai la ferme, persuasion que, dans l'état actuel des croyances et des mœurs nationales, la presse, considérée

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