CONCLUSION
comme agent moral, exercerait plus d'empire sur l'esprit des masses que la religion. Les intérêts politiques et les intérêts matériels l'ont absorbée jusqu'à présent. La littérature, et surtout la littérature légère, a fixé son attention en même temps que ces intérêts, mais à un moindre degré. Quoique l'on confonde en général les intérêts politiques avec les intérêts moraux, ceux-ci ont un caractère particulier, qui les rattache bien plus à l'ordre moral et religieux qu'à l'ordre politique.
Quelque jugement que l'on puisse porter de la directiqn passée de la presse, je crois que le moment est venu pour elle de s'attacher à l'étude et à la discussion des intérêts moraux proprement dits. La diffusion des lumières dans les rangs intermédiaires et inférieurs de la société réclame une autre tendance de la part des écrivains employés par la presse ; sans mettre en oubli les intérêts aujourd'hui privilégiés, celle-ci doit aider à la propagation des saines doctrines, en matière d'économie sociale; elle doit honorer les vertus de famille, la simplicité, l'ordre et la décence des mœurs ; elle doit montrer les difformités du vice pour le faire haïr et convaincre ses lecteurs que la vertu est non-seulement le signe certain d'une âme forte et élevée, mais que de plus elle est un bon calcul.
5o8 CONCLUSION.
Les faits qui pourraient motiver ces excursions de la presse sur le domaine de la morale ne lui manqueraient pas; elle n'éprouverait malheureusement que l'embarras du choix. Le besoin que j'exprime est si vrai et si imiversellement senti qu'il a été constaté par plusieurs écrivains dans les journaux les plus accrédités. Fatigués comme leurs lecteurs de la domination usurpée par l'intérêt politique, rebutés par la controverse quotidienne à laquelle ils sont obligés de se livrer, ils cherchent avec empressement, quand l'occasion s'en présente, une diversion à la monotonie et à l'âpreté de leur tâche dans la rédaction de quelque article de haute littérature, de philosophie morale ou religieuse, et ces diversions ne sont pas moins attrayantes pour le public éclairé que pour les écrivains auxquels elles procurent un agréable délassement et des éloges mérités.
La part qui serait dévolue aux sciences morales, dans les exercices de la presse, ne demeurerait pas infructueuse. Elle profiterait à toutes les classes de lecteurs, dont elle redresserait les travers et épurerait les penchans , et elle ouvrirait aux écrivains un champ nouveau d'étude , d'émulation et de supériorité littéraire. A Dieu ne plaise que je veuille transformer le journaliste en prédicant ! Je veux ajouter à l'importance et à la popularité de son mi-
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lîistère ; je veux augmenter ses titres à Testime publique, en faisant de lui le champion des mœurs comme il est le champion de la liberté.
Les applications de la morale peuvent être si variées , si ingénieuses et si neuves : elles peuvent recevoir de l'émotion de l'écrivain moraliste, un tel intérêt , que lors même qu'elles ne flatteraient qu'un moment les nobles intinctsde Thomme qui lit, elles produiraient un grand bien, elles devraient tenir une place distinguée dans les travaux de la presse. L'existence de celle-ci étant devenue inséparable des habitudes de la vie civile, il convient pour régulariser, pour perfectionner incessamment ces habitudes , de l'adapter de plus en plus aux besoins de la société , et de la vivifier par le progrès des mœurs autant que par le progrès des acquisitions de l'esprit.
L'œuvre du moraliste , quelque ancienne qu'elle soit, ne saurait se ralentir jamais sans préjudice pour les intérêts de l'humanité. La lutte éternelle de la philosophie et du vice rendra toujours nouvelles les questions qui intéressent l'amélioration morale des hommes.