‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre meilleuresChapitre 46 sur 156 · RÉCRI EXCITÉ PAR LA TENDANCE DE CE DRAME. I · texte numérisé non relu

RÉCRI EXCITÉ PAR LA TENDANCE DE CE DRAME. I

anciennes bienséances de notre théâtre, et quelques critiques courageux n'ont pas attendu, pour protester contre la tendance des nouveaux dramaturges, que l'exemple leur en eût été donné par les écrivains étrangers; ils les ont devancés dans ces protestations, mais elles sont restées sans effet. L'administration , quoique armée du droit de censure , a cru devoir s'abstenir d'en user à l'égard des ouvrages qui ont soulevé le récri de la plus grande partie de notre littérature et de la critique étrangère. Un ministre remarquable , d'ailleurs , par l'étendue et la supériorité de son esprit, interpellé à la tribune législative , sur les motifs qui avaient déterminé l'autorité à tolérer la représentation de ces ouvrages, a répondu qu'indépendamment de la part qu'il fallait faire à la liberté de Fart dramatique, une foule d'intérêts se trouvaient liés à la prospérité des théâtres ; que les pièces dont on se plaignait avaient, pour ainsi dire, seules le privilège d'attirer la foule, et que cette circonstance, qui malheureusement témoignait du relâchement de nos mœurs, suffisait pour justifier l'administration de la condescendance qu'on lui reprochait. Le ministre promettait, au surplus, d'apporter avant peu aux chambres un projet de loi destine à régler l'exercice de la censure dramatique.

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On assure que ce projet est formulé, et qu'il ne tient plus qu'à l'administration de le présenter à la sanction législative.

Quoi qu'il en puisse être, je crois qu'il entre dans mon sujet de relever ici l'assertion que le théâtre d'un peuple ne saurait être plus sévère que ses mœurs, ou du moins que Fautorité, dans l'examen des œuvres dramatiques faites pour l'amusenjent de ce peuple, devait avoir égard aux exigences du relâchement moral de la société.

Dans tous les pays policés et dans tous les siècles, le but du théâtre a été de corriger les mœurs. Il les corrige par la comédie en offrant dans celle-ci une censure agréable et piquante, des vices et des ridicules du monde ; il les corrige par la tragédie ou le drame en y exposant la lutte des passions, leurs excès et leurs crimes, et en faisant sortir du fond delà pièce un enseignement moral profitable aux spectateurs. Il est de l'essence des spectacles de rendre la société meilleure. Offrir au public un divertissement qui le conduirait au vice ou qui entretiendrait ce dernier au dedans de lui, ce serait aller contre le but de la société, ce serait transgresser ses lois fondamentales, ce serait attenter à son existence. L'art de l'écrivain dramatique ne consiste pas seulement à émouvoir, mais à rendre les émotions

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qu'il procure, fécondes en sentimens honnêtes; il doit mettre en relief et faire contraster la beauté des mœurs et la laideur du vice. Sous ce rapport les règles de l'art n'ont pas varié depuis l'ère de la tragédie grecque jusqu'à nos jours; leur pureté est restée inaltérable au milieu des changemens que le temps et le génie des écrivains ont apportés à la forme du drame et à l'entente de sa composition. Tous les chefs-d'œuvre qui font l'ornement de la scène française et qui l'ont placée, jadis si haut, dans l'estime des peuples policés , se distinguent surtout par le respect des bienséances, par le culte du beau moral. Le mouvement insurrectionnel et philosophique du dix-huitième siècle s'est arrêté lui-même devant cette barrière et l'a laissée debout. Voltaire a blessé les mœurs dans un poème où par un caprice bizarre de son génie il a travesti, avec le pinceau de rAlbane,la gloire d'une femme héroïque, mais il les a toujours fidèlement respectées dans les «ombreux et admirables ouvrages, dont il a enrichi no* tre théâtre. Ducis et les écrivains dramatiques venus après lui, ont marché de nos jours sur les traces de leurs illustres devanciers, en subordonnant avec un scrupule religieux la fable de leurs tragédies aux convenances morales de la société.

Les créateurs du romantisme dont on a voulu II. i3

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