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Il y a parmi le peuple une classe d'individus nourris dans des habitudes violentes ou adonnés au vice, qui forme pour ainsi dire la clientelle du commissaire de police. Il les punit et il les protège selon les circonstances. Il les gouverne dans sa petite sphère, et épargne ainsi à l'autorité centrale la connaissance d'une foule de petits débats , qui , sans être des méfaits 5 ne laissent pas de troubler la paix de la cité. L'action disciplinaire du commissaire de police a lieu de s'exercer tous les jours dans les quartiers habités par la classe pauvre. Je connais tel de ces fonctionnaires qui, durant un long exercice dans un des faubourgs les plus populeux de Paris , s'était acquis sur la partie turbulente de ses administrés une telle influence que, survenant au milieu d'une rise, et ordonnant au plus tapageur d'aller subir deux heures de détention au poste le plus voisin , il était obéi sur-le-champ sans avoir besoin d'employer la voie de la contrainte. Mais si ce même homme avait besoin plus tard de ses bons offices, il l'aidait avec bienveillance et il fortifiait par cela même son autorité sur son esprit.
En général ces tempéramens , outre qu'ils impriment de la dignité à la force publique, la consolident sensiblement, parce qu'ils la font reposer sur la justice et la bonté, deux ressorts qui peuvent
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beaucoup pour maîtriser les passions populaires. Le commissaire de police dont je viens de parler, placé maintenant au centre de la prostitution , se dirige d'après le même esprit. Il est sévère à l'égard des filles publiques, mais il sait aussi les protéger contre les insultes et les mauvais traitemens. Ayant eu l'occasion d'interposer récemment son autorité pour faire obtenir à une fille la réparation d'un outrage grave, et cette fille s'étant contentée d'une indemnité, il la détermina par de sages conseils à en déposer le montant à la caisse d'épargnes. Comme elle éprouvait quelque appréhension à se présenter dans un lieu où ne se rendent ordinairement que des personnes bien famées, il offrit de l'y accompagner, et il se conduisit avec tant d'égards et de discrétion envers elle, que le dépôt se fit sans le moindre incident fâcheux, et que, par surcroît de bon sentiment, la déposante qui était tout-à-fait illettrée, quoique polie et agréable par l'élégance de ses manières, prit l'engagement, sur les représentations du commissaire, de faire tous ses efforts pour apprendre à lire et à écrire.
Quand, sur cent prostituées, les commissaires de police et les médeci nsd u dispensaire n'en amèneraient que dix à placer leurs économies à ]a caisse d'épargnes, ne serait-ce pasunbien réel? Ne serait-ce pas un
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exemple d'ordre qui pourrait en faire naître d'autres dans cette classe de femmes. L'autorité centrale ne pourrait-elle pas donner à ses délégués et aux médecins qu'elle emploie des instructions conformes à ces vues , sans se départir de la ligne de conduite qu'elle s'est tracée? Il n'y aurait, ce semble, dans cette manière d'agir, rien qui ne fût très raisonnable, très moral et très compatible avec l'attitude sévère que la préfecture de police tient à garder avec juste raison pour contenir les prostituées dans le devoir, et pour leur faire sentir toute la bassesse de leur condition.
Les filles de maisons, comme on sait, ne possèdent aucun vêtement qui leur appartienne ; elles n'ont ni linge, ni bas, ni souliers , étant dans l'usage de se défaire, lorsqu'elles entrent dans^une maison de prostitution, des vétemens qui les couvrent, vêtemens presque toujours grossiers et de peu de valeur. Ce dénùment que les maîtresses de maisons ont jusqu'ici favorisé et même provoqué pour assujettir plus aisément les filles à leur volonté, est cause de débats continuels entre elles. En effets il est des filles qui, à la suite d' une qu er elle a vec les femmes qin les tyrannisent, disparaissent de la maison, emportant faute de bardes personnelles, les effets dont elles sont parées; cetle soustraction est dénoncée à
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la police qui fait arrêter les filles auxquelles on les les impute, soit pour les obliger de restituer les effets qui ne leur appartiennent pas, soit pour les punir administrativement si leur soustraction a le caractère d'un vol.
Afin de mettre un terme à ces scandaleuses discussions, le commissaire de police dont nous avons déjà signalé la philanthropie et l'habileté, a eu la pensée de faire établir un vestiaire ou une roberie dans chaque maison de tolérance de son quartier , et il est parvenu à réaliser ce projet dans quelquesunes de ces maisons. Le vestiaire qu'il a introduit contient les bardes les plus indispensables à l'usage de chaque fille, de sorte que, lorsqu'elles veulent quitter la maison , elles n'ont aucun prétexte pour emporter les effets de celle-ci : cette mesure me paraît utile autant que morale.
Quoiqu'elle soit de nature à profiter aux maîtresses de maisons non moins qu'aux filles, il est vraisemblable que son auteur aura de la peine à en généraliser l'emploi. L'obstacle naîtra de la cupidité des maîtresses de maisons plus encore que de l'insouciance et de la dissipation des prostituées; je dis la cupidité des maîtresses de maisons , parce que, bien qu'elles aient intérêt à conserver les toilettes de leurs filles, dont quelques-unes ont une valeur