AVEC NOTRE LÉGISLATION PÉNALE
binaison que nous venons d'indiquer, ne différeraitil pas d'une manière capitale de celui de Cherry-Hill, de Trenton et de Moïa-Mensing? D'une part réclusion séparée, constante et impossibilité de franchir le seuil de la cellule, excepté pour les détenus à long terme, renfermés à Cherry-Hill, lesquels en raison de l'étroitesse de la cour, attenante à leur cellule, n'ont guère, en réalité, que le privilège de respirer pendant une heure chaque jour l'air extérieur. D'autre part, réclusion séparée, interrompue à certains jours par la promenade du détenu à l'air libre, dans une cour assez vaste pour permettre au promeneur de prendre un exercice et une récréation salutaires.
Les partisans de ce dernier mode de détention qui, comme on voit, est le principe américain de la séparation, adouci et perfectionné, ont eu raison de lui donner le titre de système français^ en effet, c'est notre nation qui aura eu l'honneur de réconcilier le principe originel de la réclusion individuelle avec l'humanité, en restituant au détenu le droit de locomotion ; honneur qui ne résulte pas tant s'en faut, des modifications apportées jusqu'à présent au système du silence; car on a bien affranchi le malheureux, vaincu par l'iiistinct de Ja parole, du châtiment odieux du fouet , mais on ne l'a pas
3lO RÉPONSir A QUKLQUÉS OBJECTIONS
dédommagé du supplice du silence, puisqu'il n'y a pas de milieu, entre le silence et la parole, l'art mimique n'étant pas autre chose que la parole traduite en gestes. Malgré les améliorations notables et l'espèce de transformation que la formule de l'emprisonnement séparé, empruntée à l'Amérique, a subie chez nous, les partisans de la théorie du silence uni aux classifications ont élevé contre le principe de la séparation individuelle plusieurs objections que nous discuterons rapidement. Parmi ces objections il en est quelques-unes dont nous renverrons l'examen aux chapitres suivans: ce sont celles qui regardent l'instruction primaire, l'instruction morale et religieuse, l'instruction professionnelle et la dépense des constructions.
Nous nous contenterons de passer en revue , quant à présent, les objections les plus générales.
M. Moreau-Christophe, qui est un des partisans les plus actifs et les plus éclairés de l'emprisonnement individuel, voulant opposer le suffrage d'un corps savant et spécial aux allégations de ceux qui reprochent à cette théorie de compromettre la raison et la vie des détenus, a posé à l'académie de médecine de Paris la question de savoir, si la réclusion séparée et continue des détenus, tempérée seulement par le travail et la conversation avec les chefs et les em-
CONTBÉ le PUmClPE DE LA SÉPARATIOlSr. 3l 1
ploy es de la maison , était de nature à influer d'une manière dangereusesur leur vie et sur leur raison. ( i )
Cette question dont les termes rappellent littéralement la formule du système pur de Philadelphie, c'est-à-dire, la réclusion individuelle permanente sans mouvement du détenu hors de l'espace de sa cellule et par conséquent sans communication avec l'air extérieur, a été résolue par l'académie, dans un sens négatif; celle-ci, du reste, quoiqu'elle n'eût à se prononcer que sur la question sanitaire des divers systèmes pénitentiaires, a saisi cette occasion pour exprimer hautement sa préférence en faveur du système pensylvanien, comme étant le plus capable de produire la réforme morale des condamnés.
L'opinion émise à cet égard par l'académie de médecine a d'autant plus de poids qu'elle a été formée à la suite d'une discussion approfondie et éclairée elle-même par un mémoire dont l'auteur (M. Mo* reau-Christophe) a puisé aux meilleures sources les chiffres et les faits qui se rapportent à son sujet, La manière nette et ferme avec laquelle cette opinion a été énoncée nous dispense de revenir sur une question que l'ignorance ou l'obstination pourrait seule désor-
(i) Mémoire sur la mortalité et la folie dans le régime pénitentiaire \ Annales d'hygiène publique, Taris, 1839, tome xxii, page 5 et suiv.)