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MOYENS D'ARRIVER AU RENOUVELLEMENT

par une théologie exclusive et ambitieuse, deviennent en religion, spéculatifs, raisonneurs et étrangers à toute espèce de culte, quand ils ne tombent pas dans l'incrédulité. Parmi les esprits les plus préocupés d'idées religieuses, quelques-uns doués d'une vive sensibilité, se livrent à l'illuminisme, et quelquefois aux plus monstrueuses rêveries. Un semblable résultat ne prouve pas sans doute en faveur de la philosophie, mais il ne prouve pas davantage en faveur du catholicisme dévot, formaliste et ambitieux, religion dure, intraitable, sans charme, qui asservit au dogme la morale naturelle, et répudie la miséricorde pour la superstition.

Le catholicisme fondé sur l'exclusion est aujourd'hui sans force en Europe. Ses ministres et le petit nombre de ses fidèles supposent , que la tiédeur générale n'est qu'un accident, qu'elle est due à la maligne influence de la liberté de conscience, et que, si la propagation de la foi catholique était appuyée par le pouvoir temporel comme autrefois, les idées religieuses ressaisiraient leur influence sur les esprits. Cette supposition repose sur une erreur. C'est précisément par le motif que le sentiment public est antipathique à toute idée de contrainte et de privilège, en matière de foi, surtout en France, que tous les gens de bien aspirent à un renouvelle-

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ment religieux par la douceur , la persuasion , et la charité.

La pente naturelle des esprits vers le christianisme moral est d'autant plus universelle , que partout où le prêtre catholique se rapproche par des sentimens de bienveillance ou par des bienfaits des personnes étrangères à ses croyances, il est loué et encouragé non-seulementpar les partisans nombreux des idées religieuses, mais par les sectateurs encore plus nombreux des idées philosophiques, qui se plaisent à rendre hommage à la pureté vraiment évangélique de sa foi. Respect mutuel des croyances dogmatiques, et bienveillance universelle; voilà, ce me semble le symbole auquel se rallie de plus en plus l'immense majorité des catholiques et des protestans. L'épiscopat français était digne de guider les pasteurs de la chrétienté dans cette voie nouvelle. Un de ses membres les plus éminens qui a édifié les deux mondes ( i ), par ses vertus, M. de Chéverus , mort cardinal et archevêque de Bordeaux, avait compris le catholicisme comme nous le sentons. Il marchait à la conquête des âmes par la bonté. Dans l'effusion aimable de sa piété , il répandait ses dons sur tous les êtres malheureux

(i) M. de Chéverus a long-temps résidé à Boston ou il était évêque.

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sans acception de croyance. Il consolait par sa parole ceux qui n'avaient pas besoin de ses libéralités ; les juifs aussi bien que les protestans étaient l'objet de sa sollicitude paternelle. Il portait dans le monde l'aménité qui rendait ses formes si attrayantes, et avant d'exciter l'admiration, sa conduite pastorale pleine d'indulgence et de mansuétude , avait excité un étonnement mêlé de scandale, tant le préjugé religieux, comme tous les préjugés, est aveugle et difficile à surmonter. L'évêque de l'Algérie, M. l'abbé Dupuch,a été formé à l'école de M. de Chéverus , et a débuté dans sa carrière épiscopaîe par la manifestation de sentimens dignes de celui qu'il s'est proposé pour modèle.

On ne saurait trop préconiser de tels exemples, afin de détromper les dévots en les éclairant, et de multiplier parmi le clergé français les disciples d'un prélat , à qui la postérité assignera une place à côté de Fénélon, et qui, dès à présent, peut être considéré comme une des plus belles âmes apostoliques des temps modernes. Les catholiques orthodoxes diront que nous dénaturons le catholicisme tel que les lois canoniques et les traditions l'ont fait ; que vivre en communion par la morale naturelle et par le sentiment religieux avec des personnes de toutes les sectes et de toutes les religions , c'est abdiquer

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de fait la qualité de catholique, et même celle de chrétien. Je pense, au contraire, que l'évangile qui est la loi suprême du catholicisme, comme de toutes les autres confessions chrétiennes, permet d'allier la foi la plus vive avec la miséricorde , et que , par la grâce de cette vertu, un catholique est le frère d'un protestant, comme il est le frère d'un juif et d'un mahométan. Sous ce rapport, la civilisation moderne nous paraît être plus conforme à l'esprit de l'évangile, que l'opinion de bien des catholiques exclusifs. Jésus-Christ conversait avec les pécheurs, avec les plus méprisables hypocrites.

Quelle que soit la forme nouvelle que le temps réserve au christianisme ; quelles que puissent être les vicissitudes que cette nouvelle forme aura à subir par le cours des siècles , il est un sentiment unique , dans lequel les hommes policés de toutes les nations se rencontreront toujours, c'est celui de l'existence d'un Dieu, auteur de la nature et père commun des hommes , parce que ce sentiment se rattache à l'un de nos instincts les plus irrésistibles , et qu'il est général comme l'amour de soi, comme l'amour du bien-être. Voilà l'unité qui demeurera immuable, au milieu des déchiremens politiques et religieux , qui prévaudra contre l'audace des systèmes et l'entêtement de l'incrédulité , parce qu'elle

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peut se suffire à elle-même, et que son tabernacle invisible est la conscience.

La maxime, que hors de l'église il n'y a point de salut, est tacitement abrogée depuis long-temps. Elle choque nos mœurs autant qu'elle blesse nos consciences, et les prêtres les plus pieux, c'est-àdire les plusc haritables, en usent envers leur prochain appartenant à une autre religion que la leur, comme si cet aphorisme de malheur n'existait pas. Cette façon d'agir , quoique encore bien rare , n'a pas empêché le saint prélat , dont nous avons toutà-1'heure rappelé les vertus, d'être élevé à la plus haute dignité de l'église catholique.

En dernier résultat, les religions intolérantes sont des religions anti-sociales, parce qu'elles transforment les dissidences en haines, et les haines en agitations politiques. Les annales de la France, de l'Angleterre et de presque toutes les nations de l'Europe, démontrent la vérité de ce que j'avance.

Les considérations générales que je viens d'exposer m'ont paru un préliminaire indispensable pour faire connaître clairement la voie dans laquelle le clergé catholique doit entrer pour attirer à lui les classes pauvres et laborieuses, et pour leur faire aimer les pratiques de la religion. Ces classes sont, en effet , imbues , comme les classes éclairées , des

idées et des sentimens que j'ai exprimés dès le commencement de ce chapitre; les consolations et les préceptes de la religion leur sont d'autant plus nécessaires , qu'elles sont , plus qu'aucune autre , éprouvées par le besoin, la convoitise et l'adversité. L'universalité, disons mieux, la popularité de l'influence du christianisme n'est due qu'à ses affinités intimes avec la situation précaire, obscure et pénible du plus grand nombre. Jésus est né d'une mère pauvre, laborieuse et vivant du travail de ses mains; il est né dans le plus humble réduit, et il a travaillé lui-même comme un simple ouvrier; aussi ne dissimulait-il pas sa prédilection pour le peuple. Il aimait à se trouver là où la foule se rassemblait : c'est à elle que ses enseignemens étaient adressés ; c'est à elle qu'étaient réservées plus expressément les promesses de la vie éternelle. Gomment la classe pauvre ne serait-elle pas sensible au charme de la parole divine, lorsque cette parole compatit à ses privations et à ses souffrances; qu'elle loue la modération de ses désirs, sa résignation, et qu'elle proclame ses mérites comme supérieurs à ceux des classes riches, et comme les plus dignes des récompenses que le tout-puissant destine à ses élus. S'il est vrai que le sentiment religieux ne soit pas un vain mot, et qu'il soutienne l'espérance de tous les

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hommes que la corruption n'a pas dégradés, quel sujet de satisfaction pour le pauvre d'être assuré que l'humilité de la condition humaine , lorsqu'elle est supportée honorablement, peut valoir à celui de qui elle est le partage, non-seulement l'estime des hommes, mais encore la faveur divine! Quel bonheur de penser que l'exercice des vertus de son état ennoblit sa propre misère, et qu'en ne considérant ces vertus que sous un point de vue purement humain, on y trouverait encore la matière des éloges les plus complets et les plus mérités!

Quoique, de nos jours, la vérité de ces réflexions soit moins généralement comprise et sentie qu'à l'époque où la religion exerçait sur les esprits un empire non contesté, les rapports continuels que les frères de la doctrine chrétienne ont avec les personnes de tout âge qui composent les classes pauvres, les mettent plus à portée que tous autres de réchauffer en elles le sentiment religieux, et de les amener à contracter le goût des habitudes de piété, par lesquelles ce sentiment s'épure et se conserve. Depuis qu'ils ont eu la sagesse d'adopter, du moins à Paris, les méthodes les plus avancées, soit pour l'enseignement des premiers rudimens de l'instruction, soit pour l'enseignement du chant, ils se sont placés à côté des instituteurs primaires les plus

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habiles; et le grand nombre d'élèves adultes qui s'empressent à suivre leurs cours du soir témoigne tout à-la-fois et de l'intérêt de leurs leçons, et de la confiance qu'ils ont su inspirer à leurs élèves. Les allocutions morales qu'ils adressent de temps en temps à ceux-ci seraient, ce me semble, un moyen tout naturel de les préparer à la fréquentation des exercices religieux, et de régler, pour ainsi dire de concert avec eux, la part qu'ils prendraient à ces exercices. Les professeurs placés à la tête des écoles de chant seraient aussi en position de recommander à leurs élèves adultes de semblables habitudes, et de les exhorter à y persévérer. Les notions du chant sont déjà assez répandues parmi les élèves qui fréquentent les différens cours du soir, pour les mettre en état d'exécuter chaque dimanche , pendant la durée d'une messe qui leur serait destinée, des chœurs dont les paroles et la musique auraient été composés avec beaucoup de soin. Je sens que l'autorité ecclésiastique aurait droit d'exiger le choix le plus exquis dans les sentimens comme dans les expressions de ces chœurs. Mais n'y aurait-il pas de l'inconvénient à vouloir imprimer à des chants populaires, et faits pour émouvoir le sens moral autant que le sentiment religieux, un caractère trop mystique? Je crois que, dans l'examen de pareilles comi. a 7

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positions, il faudrait ne pas perdre de vue le but important auquel elles doivent tendre : ce but est l'amélioration morale du peuple, par le développement régulier du sentiment religieux. Ne le manquerait-on pas, si on le dépassait en l'exagérant, ou si l'on se montrait trop timide et trop vétilleux dans la forme?

En admettant donc qu'un recueil de cantiques adopté par l'autorité épiscopale permît aux pieux instituteurs des classes pauvres, et aux artistes honorables qui procurent à celles-ci de nobles délassemens par l'enseignement du chant, de réaliser, d'une manière systématique et avec suite, une idée, qui, du reste, a été tentée avec succès dans quelques églises de la capitale, mais non d'une manière continue, je pense que ce recueil devrait être mis dans les mains de chaque élève adulte, et servir de thème pour les exercices de chant, de telle sorte que, dans les principales églises de Paris , un ouvrier ou un apprenti muni de son livre de chant , pût s'associer à l'exécution des cantiques chantés pendant la célébration du saint sacrifice. Cette coutume , ainsi généralisée, produirait les meilleurs résultats, et en faisant pénétrer dans le cœur des classes pauvres des émotions religieuses, elle les préparerait par degrés à des mœurs plus régulières , et à des senti-

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mens plus doux. Ajoutons que le dogme ne souffrirait aucune atteinte de cette innovation , puisque le fidèle participerait au saint mystère célébré devant lui, non-seulement par ses chants , mais aussi par la pensée. Il serait d'autant plus aisé d'organiser cette mesure comme moyen de moralisation, qu'un certain nombre d'élèves priés par les Frères d'aller exécuter dans quelques églises des villages voisins de Paris , plusieurs morceaux de chant dans des messes solennelles célébrées à l'occasion des grandes fêtes de l'année , se sont empressés de déférer à cette prière, et que depuis, ces mêmes élèves et d'autres ont offert spontanément leurs services à MM. les curés des communes rurales, qui les ont acceptés avec reconnaissance.

A Versailles, les élèves-maîtres de l'école normale primaire chantent tous les dimanches, dans leur chapelle, des morceaux sacrés de Rossini, et des meilleurs compositeurs. L'exécution de ces morceaux a produit une telle impression sur les fidèles admis dans la chapelle de cet établissement, que M. l'évêque a prié le directeur de permettre que ses choristes vinssent chanter à l'église métropolitaine les jours de grande fête. Leur premier exercice , dans cette église , date de la fin

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