‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 11 sur 337 · MOYENS NOUVEAUX DEVALUER LE NOMBRE · texte numérisé non relu

MOYENS NOUVEAUX DEVALUER LE NOMBRE

dustriels., la confection de ces cadres pourrait fournir aux philosophes et aux économistes la matière d'observations pleines d'intérêt, et profitables au public en même temps qu'à l'administration.

Au surplus, je ne dois pas dissimuler que l'administration a senti avant moi cette nécessité; car, dans la série des mémoires statistiques dont elle a annoncé la publication dès 1823, l'organisation de l'industrie à Paris est l'objet de l'un de ces mémoires projetés. Espérons qu'un travail si utile et si intéressant suivra de près la confection des relevés numériques dont on s'occupe.

Le nombre effectif des classes ouvrières et des commis-marchands étant une fois déterminé, il serait facile d'en étudier le mouvement au fur et à mesure de chaque dénombrement de Paris; mais cette étude, suffisante pour constater les lois de la population, ne saurait rien nous apprendre quant aux élémens vicieux des classes qui nous occupent. La recherche et l'évaluation de ces élémens sont entourées de difficultés insurmontables. Il srrait nécessaire d'abord de déterminer les limites dans lesquelles les vices à observer devraient être circonscrits, car les différens vices dont l'être humain est affligé sont sujets à de nombreuses gradations. Il faudrait ensuite pénétrer à toute heure dans les

retraites où ces vices fermentent; enfin on serait obligé de connaître les individus de chaque profession réputés vicieux. Or, l'accomplissement de semblables conditions serait absolument impossible; et, dans la supposition où l'autorité serait à portée de le réaliser, il exigerait des mesures inquisitoriales, et un appareil de police qui révolterait à bon droit la population tout entière. Ces difficultés ne s'appliquent pas moins à la portion vicieuse des classes aisées, ainsi qu'à celle des classes pauvres.- Elles seraient insolubles dans un cas comme dans l'autre.

La classe dangereuse se compose d'individus qui offrent beaucoup plus de prise à l'action de la police, et dont l'énumération est susceptible, à cer» tains égards , d'une estimation positive. On pourrait obtenir cette estimation à l'aide des feuilles d'arrestation dressées jour par jour à la préfecture de police , des états de situation indiquant la population des maisons de logeurs fréquentées par la classe qui nous occupe , et de la masse des plaintes adressées à cette administration par les personnes au préjudice desquelles un délit ou un crime aurait été commis.

Il existe à la préfecture un registre statistique où chaque feuille d'arrestation des individus prévenus d'un méfait quelconque est analysée. Ce registre est

6/f MOYENS NOUVEAUX D'ÉVALUER LE NOMBRE

établi sur un plan méthodique et permet de saisir d'un coup-d'œil toutes les circonstances qui se rattachent à l'individualité du prévenu et au fait qui a motivé son arrestation. Il remonte à 1 834- Quoique son établissement soit récent, il n'en forme pas moins un dépôt précieux, capable de jeter une vive lumière sur la force réelle de la classe dangereuse. Cette lumière n'est pas complète en ce sens que les documens relatifs à chaque individu s'arrêtent inclusivement au fait de la prévention. Néanmoins , il serait très aisé d'étendre ces documens jusques et y compris la condamnation. Les rapports habituels de la préfecture avec le parquet du ministère public lui procureraient cette facilité. La seule cause capable de mettre obstacle à la continuation de cet intéressant travail serait l'insuffisance du nombre des employés. Il serait à désirer que M. le préfet de police pût obtenir du conseil municipal les fonds nécessaires pour classer et publier, à l'imitation du préfet de la Seine, non-seulement les faits statistiques concernant la classe dangereuse , mais aussi tous ceux que les branches nombreuses de son administration pourraient lui permettre de recueillir. La description statistique des faits administratifs présente une foule d'avantages qui intéressent tout à-la-fois les corps savans, le public et l'administra-

tion elle-même. Les recueils dans lesquels ces faits sont rassemblés forment les annales du pouvoir administratif; ils exposent la suite de ses travaux, et lui servent de jalons pour éclairer et diriger sa marche. Le public peut y apprécier l'étendue et les difficultés de la gestion de ses propres affaires et y puiser des renseignemens utiles. Enfin, les corps savans y trouvent des sujets d'étude et de méditation , et quelquefois une source de gloire. On ne saurait trop encourager l'alliance de l'administration et de la science. Toutes deux y gagnent en lumières et en progrès assurés. Le pouvoir y gagne surtout en respect, parce qu'il est jugé d'après les conditions fondamentales et vraies de son existence.

Pour revenir à l'objet particulier de nos réflexions, nous pensons que la publication périodique de tableaux ayant pour objet de faire connaître le mouvement de la classe dangereuse serait d'une haute utilité, et que M. le préfet de police fournirait au public éclairé l'occasion d'opérer de curieux rapprochemens , s'il combinait ses publications de manière à les faire coïncider avec celles du préfet de la Seine sur la population de la capitale, et, en général, sur les principaux objets de l'économie civile.

Je sais que le total de ces tableaux n'exprimant que le nombre des individus arrêtés ne serait qu'une i. 5

Page 1