LIMITES DES TRAVAUX DES OUVROIRS
sous ce rapport que celles qui habitent les villes.
Mais l'utilité de l'ouvroir ne doit pas être envisagée sous ce seul point de vue : il sert d'atelier préparatoire à beaucoup de jeunes personnes dont la profession exige la connaissance des travaux de couture , et il leur offre la facilité inappréciable de mener de front l'acquisition d'un métier avec l'instruction. Cependant, quelque précieuse que soit cette facilité, telle qu'elle existe maintenant , ne serait-il pas possible de l'étendre davantage en agrandissant le cercle des travaux auxquels se livrent les élèves des ouvroirs. Plusieursbons esprits l'ont pensé, et l'administration municipale elle-même paraît être entrée dans ces vues, sans vouloir ôter à l'ouvroir le caractère qui lui a jusqu'ici appartenu, celui d'une annexe de l'école proprement dite , d'un établissement primaire.
De quelque manière qu'on réglemente le régime des ouvroirs , il est un écueil que l'administration doit éviter , c'est de trop diversifier et de trop multiplier leurs travaux pour ne pas convertir en établissement de commerce une institution purement scolaire. Si l'on dénaturait le véritable objet de cette institution , l'on arriverait bientôt à la nécessité de la supprimer ou de la rétablir dans des limites plus étroites et compatibles avec le personnel et l'orga-
GAJlDE des élèves. q5
nisation que le temps lui a assignés. D'ailleurs, pense-t-on que les commerçans qui réclament déjà si vivement contre les travaux industriels exécutés dans les prisons , resteraient indifférens à une nouvelle industrie non patentée, qui leur ferait concurrence? Les exercices de l'ouvroir ne doivent être que le complément de ceux de l'école , pour être réellement utiles. Il faut que les deux établissemens soient contigus l'un à l'autre , et qu'ils soient commandés par une même pensée, une pensée d'éducation. Tout règlement qui méconnaîtrait ce principe irait en sens inverse du but qu'il doit se proposer.
La question de la garde des enfans revient ici de nouveau sous ma plume , parce que les écoles de filles, de même que les écoles de garçons, ne sont pas toutes munies de préaux. Les écoles laïques ont chacune le leur; mais celles que les sœurs dirigent en sont généralement dépourvues, en sorte que les jeunes filles sont renvoyées chez elles à l'issue de la classe du matin. Il n'est pas nécessaire de rappeler le danger de ces déplacemens. Toute personne expérimentée peut aisément s'en faire une idée. Je comprends qu'il en est d'indispensables , soit pour se rendre à l'école, soit pour regagner le logis de la famille. Mais ces déplacemens forcés justifient les appréhensions de ceux qui désireraient supprimer
celui qui a lieu d'ordinaire entre les deux classes, et qui , en général, n'est pas nécessaire.
Du reste, la thèse que je soutiens n'est pas neuve; le conseil municipal en a reconnu la sagesse, puisqu'il a annexé des préaux à toutes les écoles mutuelles qui en ont permis l'établissement. Il serait honorable pour l'administration de compléter avant peu d'années, l'oeuvre difficile qu'elle a déjà beaucoup avancée, en faisant l'acquisition de nouvelles maisons capables de se prêter à tous les besoins d'une école primaire, et de mettre les sœurs en état de marcher sur les traces des institutrices laïques, au sujet de la garde des enfans. La moralité des écoles y gagnerait , et par suite , celle de la société.
La question des vacances, en ce qui concerne les institutrices laïques et les sœurs, nous paraît devoir être résolue d'après les mêmes motifs que celle qui se rapporte aux écoles tenues par les instituteurs. Quant aux institutrices laïques , il serait aisé de pourvoi r à leur remplacement momentané, au moyen du procédé que nous avons proposé plus haut dans un cas semblable. J'ignore si le noviciat des sœurs éprouve la même disette de sujets que celle des frères. Supposé qu'il y eût, en effet, pénurie d'un côté comme de l'autre, ce serait au conseil municipal à la faire cesser par des allocations de fonds suf-
ÉCOLES PRIMAIRES SUPÉRIEURES. C)l
fisantes pour permettre aux sœurs d'augmenter le nombre de leurs novices, et de faire instruire et garder les élèves qui leur sont confiées pendant la durée des vacances.
L'inspection n'est pas moins nécessaire à la prospérité des écoles de filles qu'à celle des écoles de garçons. Les comités d'arrondissement et les dames inspectrices sont les surveillans légitimes de ces écoles. Nous les engageons à se guider dans l'exercice de leur honorable mission , d'après les conseils que nous avons déjà rappelés.
SECTION IV
Ecoles primaires supérieures. — Objet de leur institution. — Cet objet, qui est de former des contre-maîtres et des employés pour l'industrie peut-il être rempli par le» écoles projetées? Baisons de douter. — » Examen critiqua des écoles d'arts et métiers de Chalons et d'Angers. — Ecoles spéciales à substituer à ces écoles, — Avantages qu'il y aurait à substituer aux écoles primaires supérieures des écoles industrielles spéciales. — Direction pratique et morale qu'il conviendrait d'imprimer à ces dernières écoles. — Classes d'instruction élémentaire et de dessin pour les adultes. — Empressement des ouvriers à suivre ces cours. — Cours de cbant. — Goût des élèves pour ces «xereices. Leur utilité morale. — Nécessité de les multiplier^
Nous n'avons parlé jusqu'ici que des écoles primaires élémentaires. La loi sur l'instruction primaire exige que, dans les communes chefs-lieux de département et dans celles dont la population excède six mille âmes, il soit établi par les soins de l'adminisii. 7