DES ÉCOLES PRIMAIRES SUPÉRIEURES. QQ
tre ou de chef d'atelier ne donneront pas à son ambition un essor plus élevé.
On nous répondra sans doute que les élèves nés dans la classe ouvrière y seront fixés par l'habitude, par les mœurs de la famille, par la volonté des parens.
Je ne conteste pas l'influence des exemples de la famille, je n'en nie pas la force; mais remarquez que les situations respectives du père de famille et de l'élève ne sont plus les mêmes. D'un côté, c'est un honnête chef d'atelier, à peine lettré, lequel s'impose de pénibles sacrifices pour l'éducation de ses enfans, éducation qui, d'après ses vues, doit aplanir devant eux les difficultés qu'il a rencontrées dans l'apprentissage comme dans l'exercice de sa profession , et leur fournir les moyens d'aller plus loin que lui , sans sortir, toutefois , de sa carrière. De l'autre, c'est un jeune homme dont l'esprit est cultivé, qui n'en est plus aux rudimens de l'instruction élémentaire, mais qui, parvenu au degré le plus élevé de l'instruction primaire , entrevoit avec peine le moment où il sera obligé de saisir la lime ou le rabot, pour apprendre l'état qui doit le faire vivre. La pratique n'est plus à ses yeux l'application manuelle de la théorie , elle en est la corruption , ou tout au moins la mise en œuvre rude et grossière. Il se croit un savant, il ne saurait descendre au rôle d'ouvrier;
IOO OBSERVATIONS SUR LES ÉCOLES d'aRTS ET MÉTIERS
cette hypothèse n'est pas du tout gratuite. J'ai recueilli un certain nombre de faits, qui constatent que des jeunes gens destinés à des professions mécaniques, ont montré de la répugnance pour l'exercice de ces professions, du moment qu'ils ont acquis quelques notions scientifiques et le genre d'instruction que l'on se propose de donner dans les écoles primaires supérieures. Je connais tel entrepreneur, qui n'a pu vaincre cette répugnance, chez son fils ou son neveu, qu'en le retirant d'une prétendue école industrielle, pour l'incorporer immédiatement dans l'escouade d'un contre-maître, afin de le plier aux moeurs des ouvriers, en les lui rendant communes, et de l'instruire graduellement par un apprentissage réel et journalier, à prendre un jour en main la direction de sa maison. Toutes les fois que la théorie doit aboutir à l'exercice d'un art libéral , il est rare qu'elle manque son but, parce que , dans ce cas, l'esprit s'allie à l'imagination ; mais si cet art est d'un ordre inférieur, s'il rentre dans la classe des métiers proprement dits , dès-lors la vanité vient au secours de l'esprit , et le théoricien résiste avec opiniâtreté à l'acte de la main , parce que la matérialité de cet acte n'est pas suffisamment idéalisé et ne s'annonce sous aucun signe artistique.
Dans les écoles des arts et métiers de Châlons et