‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 160 sur 337 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Bibliothèques populaires. —Nécessité de multiplier et propager les bous livres à l'usage de la jeunesse. — Encouragemens dus aux écrivains-moralistes.— Avantages que l'on pourrait tirer du roman employé comme cadre d'instruction morale. — De l'établissement et de l'administration des bibliothèques populaires chez plusieurs peuples. — Moyens d'approprier cet usage aux besoins des classes ouvrières, en France, (i)

Répandre l'instruction parmi les classes pauvres sans leur offrir en même temps de bonnes lectures , c'est risquer de faire tourner au profit des penchans vicieux des individus qui ont reçu cette instruction, une force qui pourrait être une source d'avantages pour ces derniers, ainsi que pour le pays.

Il importe donc, alors qu'un grand développement vient d'être donné à l'instruction primaire, d'encourager par tous les moyens possibles , la publication de nouveaux ouvrages élémentaires, et de fonder dès à présent pour la population ouvrière, des bibliothèques capables de réunir les meilleurs de ces ouvrages déjà connus.

(i) Ce chapitre a reçu quelques addilions.

PROPAGATION DES BONS LIVRES. Il5

Le gouvernement a senti et proclamé ce double besoin ; il a cbargé une commission d'examiner les livres élémentaires qui peuvent être placés utilement dans les mains de la jeunesse. Plusieurs de ces livres ont été et sont, de temps en temps, distribués aux enfans indigens dans les écoles. Mais il faut que ces distributions soient abondantes et qu'elles se renouvellent fréquemment. C'est à la législature autant qu'au gouvernement à y pourvoir par des fortes subventions.

Ne perdons pas de vue, en effet, que le but de la loi sur l'instruction primaire est autant de moraliser la génération naissante des classes laborieuses que de l'éclairer. Or, pour atteindre ce but, qui se lie aux intérêts les plus pressans et les plus sacrés de la nation , il faut propager abondamment les livres de lecture utiles aux enfans , livres dont la disette a été signalée par le gouvernement lui-même, dans des documens publics. Cette propagation est nécessaire, autant pour répondre aux besoins habituels des écoles, que pour intéresser et captiver l'attention des élèves par la variété des lectures ; car l'esprit des enfans, en raison de sa faiblesse même, est plus mobile et plus changeant que celui des adultes; et Ton ne peut fixer, pour ainsi dire , cette mobilité que par des changemens répétés et habilement ménagés.

Page 1