OBSERVATIONS SUR LINFLUENCE MORALE
faire une école , désespérant de rajeunir le théâtre par quelque coup de génie , ont pris le parti de secouer le joug des chaînes salutaires portées jusqu'à eux avec une fidélité inviolable par les maîtres de la scène, et au lieu d'offrir les attentats du crime aux yeux du spectateur, en usant d'une sage circonspection et de toutes les délicatesses du tact dramatique, ils ont donné à leurs personnages une frénésie dévorante et combinée, on le croirait, tout exprès pour émouvoir des cadavres. Cette licence, inconnue auparavant, mérite d'autant plus d'attention de la part de l'administration , que l'homme n'étant plus contenu , de nos jours, par l'influence des idées religieuses, est plus que jamais livré à son libre arbitre sans autre guide que sa conscience et ses lumières, qui ne sont bien souvent que défausses clartés.
Dans cette situation des esprits, il semble que l'administration devrait se montrer d'autant plus difficile sur la moralité des pièces de théâtre, que l'empire de la religion est plus faible et plus borné. Une telle conduite serait conseillée par le simple bon sens, quand même elle ne le serait pas parla saine philosophie. Il suffit de lire ou de voir représenter les ouvrages des dramaturges de la nouvelle école, pour se convaincre que la censure n'a pas tenu compte de
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cette importante vérité ; non-seulement elle a donné accès sur la scène nationale à ces ouvrages justement réprouvés par les esprits honnêtes, mais elle a laissé également s'y introduire ces drames singuliers , où des malfaiteurs sortis de leurs repaires , viennent déployer en face d'un public frivole et léger, toutes les ruses de leur métier, tous les excès de leur effroyable audace, et se rire des recherches dirigées contre eux , par les agens de l'autorité. Les gazettes qui s'occupent spécialement de rendre compte des débats des tribunaux , en faisant connaître au public les détails quelquefois atroces d'un crime, l'instruisent au moins du châtiment du coupable , et cette dernière circonstance prouve à leurs lecteurs , que les droits de la justice n'ont pas été méconnus.
Les écrivains qui s'adonnent plus particulièrement à la composition de cette espèce de drame, ne sont préoccupés que d'un seul objet: c'est de piquer fortement la curiosité des spectateurs. Ils s'inquiètent peu de la portée morale de leurs pièces, ils ne sont touchés que du succès et de l'affluence du public , parce que cette affluence sert leur réputation autant que leur fortune. L'administration ne saurait trop s'éclairer avant de' permettre la représentation de ces sortes de drames. Si les
premiers endurcissent les cœurs et insultent à la