AUX ÉTATS-UNIS
judiciaires, ainsi que les maires des principales villes. Il faut ajouter à ces fonctionnaires plus ou moins élevés le comité actif de la société pour l'allégement des misères des prisons publiques, dont les membres représentent, à vrai dire, les visiteurs habituels et militans pour la cause de la réforme, les premiers n'étant guère que des visiteurs de luxe et de passage. Quand on examine de près les deux systèmes, on ne peut s'empêcher de reconnaître que le second, malgré les apparences, est plus doux et plus supportable que le premier pour les détenus, outre qu'il est d'une surveillance plus* facile pour le directeur et les employés de la maison. En effet, sans parler des difficultés qui s'opposent à la stricte observation du silence parmi des condamnés nombreux placés à côté ou en face l'un de l'autre, il est certain que la prescription elle-même a quelque chose qui révolte la nature en ce qu'elle condamne à l'inaction pendant un laps de temps plus ou moins long un des instincts les plus impérieux de l'homme, celui qui le porte à communiquer avec ses semblables par la parole. Ce besoin de communication, qui constitue la sociabilité, est tel que lors même qu'il serait pour le détenu l'objet seulement d'une privation de quelques mois, il n'en resterait pas moins très malaisé à contenir, étant excité sans cesse
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par la présence et par l'attrait sympathique d'êtres malheureux en qui réside le même besoin. On en jugera par les détails suivans :
Dans tous les pénitenciers organisés en Amérique, d'après le système d'Auburn , les infractions à la règle du silence sont punies de la réduction de nourriture, du cachot ténébreux ou de la peine du fouet. L'application de ces divers châtimens est faite avec rigueur et pourtant les occasions de les infliger semblent se multiplier de plus en plus. La crainte des coups de fouet est elle-même un frein impuissant là où elle semblerait pourtant devoir être augmentée par l'absence de toute information préalable et de tout contrôle. Ainsi , à Sinsing , où les châtimens corporels sont prodigués avec une sévérité inexorable par les gardiens des condamnés , investis sous ce rapport d'une sorte d'omnipotence , la nature comprimée ne laisse pas de se faire jour. Les détenus parviennent, à force de ruse et d'adresse, à communiquer entre eux, soit à voix basse, soit par signes. Ils sont si habiles à tromper la surveillance de leurs gardiens que les plus pervers trouvent le moyen de concerter des projets criminels , dont ils remettent l'exécution après leur sortie du pénitencier. La lutte incessante qui existe entre les condamnés et ceux qui ont en main la force répres-
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sive peut faire naître, d'un moment à l'autre, une révolte générale de la part des premiers. Cette considération, ou la lassitude des surveillans, amènera tôt ou tard, d'après le sentiment public, une certaine tolérance quant à l'usage de la parole. M. Demetz , envoyé sur sa demande avec M. Blouet , architecte, dans les Etats-Unis d'Amérique, pour y étudier les progrès de la science des prisons depuis la publication intéressante de MM. de Beaumont et de Toqueville, sur l'état et l'administration des pénitenciers de cette contrée, annonce, dans le rapport plein de faits et de documens utiles qu'il a adressé au ministre de l'intérieur, qu'il y a déjà relâchement dans la discipline de l'établissement fondé à Sinsing ; il observe avec raison que ce relâchement est une conséquence plus ou moins tardive, mais inévitable du régime lui-même ou plutôt du principe sur lequel il repose , et il s'écrie : où trouver, en effet , des hommes qui puissent être chargés de maintenir une discipline aussi rigoureuse , sans devenir, à la longue, ou cruels ou négligens ?
La Grande-Bretagne a essayé du système silencieux dans quelques-unes de ses prisons, sans faire usage des châtimens corporels ; mais cet essai a échoué, et il a fallu recourir à l'emploi de la force physique pour vaincre les résistances.
188 système silencieux; prisons de la gr.-bretagne.
A Goldbathfields (Ecosse), où l'application des peines corporelles est environnée de certaines formes, et où le détenu est admis à porter des accusations et des plaintes contre le gardien , le directeur, homme d'une intelligence et d'une capacité remarquables , n'a pas moins de soixante rapports à examiner chaque matin, et en ] 836, bien qu'il ait, du reste, tous les moyens désirables pour faire marcher le système, les châtimens infligés dans le pénitencier pour causeries et juremens, se sont élevés jusqu'à 5,i38 (i). En i838, ils n'ont pas été moindres de 9,75o, sur une population de 1 3,8 12 détenus. (2)
Dans la maison de correction de Wakefield, également soumise à la règle du silence, les punitions se sont élevées durant la même année à 12,445, pour une population de 3,438. (3)
Enfin, dans toutes les autres prisons de l'Angleterre , soumises à la loi du silence , on a compté 54,82 5 punitions, pour une population totale de 109,495.(4)
(1) Rapport sur les pénitenciers des États-Unis, par MM. Demetz et A. Blouet. Paris, i838, in-fol., p. 42.
(2) Rapport de^M. Moreau-Christophe , inspecteur général des prisons , sur les prisons de l'Angleterre , de l'Ecosse , de la Suisse, de la Hollande et de la Belgique , Paris, 1839, in-4. p. 70.
(3) Ibid., même page. ^
(4) lbid.} môme page.