‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 298 sur 337 · DE L'EMPRISONNEMENT INDIVIDUEL · texte numérisé non relu

DE L'EMPRISONNEMENT INDIVIDUEL

tourbe , où ils ne peuvent que se corrompre , il y a danger pour leur santé, pour leur raison, comme si dans l'ordre actuel , ce qu'on appelle la récréation des détenus était autre chose que leur réunion par groupes , dans une cour ou dans un préau , durant une ou deux heures de la journée, comme si, pour tout le reste, pour le travail, l'instruction, les repas, il n'y avait pas, je ne dirai point séparation matérielle, mais séparation morale entre tous les détenus.

Il suffit d'analyser dans leurs détails , le système de l'emprisonnement individuel et celui de la réclusion fondée sur le silence, pour se convaincre de la supériorité du premier mode de détention sur le second, quant à l'application des longues peines. Prenez le condamné de Genève ou de Lausanne, prenez celui du pénitencier éclectique de M.Lucas, vous voyez des hommes réunis sans pouvoir s'adresser la parole, ni dans leur atelier, ni au réfectoire, ni dans le lieu où ils reçoivent l'instruction morale et religieuse, ni enfin dans les lieux destinés à leur récréation. Celle-ci consiste en marches et contre-marches des détenus les uns à la suite des autres. On leur a interdit l'usage de la parole pour en faire des ombres, ou des espèces d'automates. Pendant dix ans, vingt ans, pendant toute leur vie, voilà le divertis-

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sèment qui leur est réservé. Leur bouche est close, en tous lieux, par un scellé inflexible, qu'ils ne peu~ vent rompre sans encourir les rigueurs de la discipline de la prison.

Pénétrez, au contraire, dans une maison de détention , établie sur le plan du régime cellulaire complet; le détenu vit seul dans sa cellule , mais cet isolement ne le condamne pas à un silence perpétuel ; il peut s'entretenir librement avec le contremaître, avec l'aumônier et ses coopérateurs , avec l'instituteur et son adjoint, les surveillans , le médecin , le directeur. Il n'est pas de jour où il n'ait l'occasion de converser avec plusieurs de ces personnes; le seul temps où il sera astreint à un silence forcé, sera celui de la récréation, parce qu'il devra se promener solitairement dans la cour.

Or, supposez qu'un grand coupable fût réduit à ce genre de vie pendant vingt ans, ou "flurant le reste de ses jours, sa position ne serait-elle pas préférable à celle d'un condamné de la même catégorie, soumis à la règle irritante et douloureuse du silence. Pour moi , j'en suis fermement persuadé ; et plus j'étudie le sort du condamné mis en cellule , moins il m'est possible de m'expliquer les grandes terreurs qu'inspire la vie cellulaire aux amans du silence, comme si le silence dans l'état de communauté n'équi-

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