DE LA PROSTITUTION CLANDESTINE
que sur la présentation de l'un de leurs habitués; elles donnent des dîners et des soirées, et sont recherchées dans certaines réunions où le jeu et 1 affranchissement des convenances ordinaires du monde attirent nombre de jeunes gens qui viennent y hasarder leur argent et leur santé.
Les femmes qui fréquentent habituellement le spectacle forment une classe spéciale. Elles nouent leurs intrigues fugitives là où elles se trouvent : dans les loges, les galeries, le foyer; et ces intrigues se dénouent, durant les entr'actes, dans des maisons voisines du théâtre où elles ont été ébauchées.
Les maisons à parties sont communes à Paris. Les femmes qui les tiennent, répandues dans le monde libertin, sont habiles à grouper et à fixer autour d'elles des personnes des deux sexes, attirées par le goût d'une société facile et d'une licence élégante. Cette licence ne se soutient pas toujours dans les limites indécises qui lui sont propres; elle dégénère quelquefois en véritable orgie. Des femmes abandonnées de leurs maris pour leur inconduite, des actrices, des figurantes, des femmes galantes de toute espèce, se rencontrent dans ces réunions fréquentées aussi par des messalines qui ne trouvent que là l'occasion de rassasier leurs sens affamés.
Ces maisons ne forment guère qu'une partie des
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nombreuses retraites de la prostitution clandestine. Celle-ci prend toutes les formes, et se retranche dans certaines professions qui, par leur objet, peuvent favoriser ses calculs. Ainsi le titre de lingère , de couturière, de blanchisseuse, de modiste, est un masque derrière lequel beaucoup de femmes se cachentpour prostituer les ouvrières qu'elles emploient.
La prostitution clandestine est la source d'un supplément de salaire pour un grand nombre d'ouvrières répandues dans les divers ateliers de Paris, ou travaillant à leurs pièces. Ce fait est également vrai, à l'égard des femmes de chambre et domestiques; les unes comme les autres se rendent dans des maisons particulières, où elles se font suivre, quand elles n'osent pas s'introduire dans des maisons de passe.
La contagion n'est pas rare parmi ces diverses classes de prostituées; elle présente même des caractères plus graves que parmi les filles assujetties aux réglemens sanitaires,
Il y a dans le sort des prostituées un tel opprobre, que la misère, que les causes les plus impérieuses et les plus indépendantes de la volonté de ces infortunées sont impuissantes à les relever de la déchéance dont leur honteux commerce les a frappées. Pourquoi sont-elles honnies par l'opinion publique ?