‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 326 sur 337 · CONDAMNÉS · texte numérisé non relu

CONDAMNÉS

dont les utiles recherches ont fait connaître l'état le plus récent des colonies australes, que la cause de la déportation est perdue, et que, tôt ou tard, l'Angleterre prendra le parti de rayer cette peine de son code. L'expérience de cette nation a mis en lumière deux vérités importantes à savoir :

Que des condamnés réunis par voie de déportation dans un même lieu, avec une liberté entière de communication, se corrompent mutuellement; que cette corruption est un tableau révoltant pour les émigrans libres, quand elle ne s'étend pas jusqu'à eux, et que les agens de la force publique ne sont pas eux-mêmes à l'abri de son influence ;

Que lorsque la déportation a pour effet de contribuer, en réalité ou en apparence, à la prospérité des colonies où sont relégués les condamnés, les malfaiteurs de la métropole puisent dans cette prospérité un véhicule et un encouragement au crime, et se hâtent d'acquérir des titres à la déportation.

Si les esprits éclairés et judicieux paraissent désabusés des prétendus avantages des colonies forcées, appliquées aux condamnés, ils ne sont pas également persuadés de l'inutilité de ces colonies appliquées aux libérés. Plusieurs écrivains très éclairés tels que MM. Huerne de Pommeuse, de Beaumont?

476 colonies forcées;

de Tocqueville et M. Béranger, ont proposé l'établissement de colonies agricoles pour y recevoir nos 75,000 mendians, nos indigens et nos nombreux libérés. A l'appui de leur proposition ces écrivains ont cité l'exemple de la Hollande et celui de la Belgique.

Dans ce dernier pays ainsi qu'en Hollande , les colonies agricoles se divisent en colonies libres et en colonies forcées. Les colonies libres sont occupées par des orphelins, des enfans trouvés, des vétérans avec leurs familles et des ouvriers; les colonies forcées, par des mendians. En Hollande les habitans des colonies se livrent aux travaux de la terre ou aux arts industriels. En Belgique, les colons et les individus attachés à leurs exploitations ne s'occupent que d'agriculture. Les colonies belges sont entretenues par la bienfaisance publique, les subsides du gouvernement et par les capitaux provenant des produits obtenus par les colons.

En i836, les recettes générales se sont élevées dans ces dernières colonies à i65,4i3 fr. et les dépenses à 245,108 fr. La valeur des produits récoltés ne compte guère que pour 5o,ooo fr. dans le chiffre des recettes. Le surplus des ressources consiste en dons, en deniers résultant d'emprunts contractés par la société fondatrice des colonies, et en sub-

Page 1