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de cette contrée n'est pas fait, ce semble, pour encourager le gouvernement et la bienfaisance publique à rassembler dans des localités spéciales des hommes enclins par perversité à opprimer leur semblables, à se couvrir de leurs dépouilles, quelquefois même de leur sang et à braver l'autorité des lois. Je sais bien qu'ils ne seraient dirigés sur les colonies projetées qu'après l'accomplissement de leur peine dans les prisons et que l'on paraîtrait compter pour leur amendement sur l'intimidation produite par celles-ci et sur l'influence des exhortations morales qui leur seraient adressées fréquemment durant leur captivité. Mais comment se flatter de cette espérance avec le régime actuel de nos maisons de détention , comment s'en flatter même avec des pénitenciers organisés d'après le système silencieux ! Croit-on que des hommes asservis à la loi du silence pendant des années entières à l'aide des châtimens les plus sévères ne s'entretiendraient les uns avec les autres dans des colonies que pour bénir la société de sa prévoyance et de sa générosité? n'est-il pas probable plutôt que pour se dédommager de leur long mutisme ils blasphémeraient contre elle et contre ses institutions les plus sacrées? D'ailleurs, quelle discipline ne faudrait-il pas pour maîtriser des hommes qui feraient servir îe produit de
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leur travail si toutefois ils voulaient bien travailler, à toutes sortes d'excès; quel appareil de force militaire et de police n'aurait-on pas à déployer au milieu d'une population dont le vice serait la principale idole et qui ne trouverait dans son propre sein que de pernicieuses leçons et des occasions de faillir : enfin de quelle manière parviendrait-on à fondre l'ordre, à introduire la civilisation dans des colonies qui auraient des prisons pour pépinières! En vérité, je m'y perds.
La population de la Nouvelle-Galles qui offre un mélange d'êtres criminels, vicieux et d'êtres honnêtes, offre à l'observateur le contraste du vice et delà règle. Le convict émancipé peut céder à l'un ou à l'autre suivant ses bonnes ou ses mauvaises inspirations ; il n'est pas fasciné par l'abrutissante monotonie du vice. Mais dans une communauté de libérés, les meilleurs seraient taxés de mauvaise foi et d'hypocrisie par ceux que la prison n'aurait pas corrigés et l'on peut affirmer, sans crainte d'être démenti , que de pareilles colonies seraient souillées continuellement par des excès et des désordres révoltans.
L'empire avait créé des bataillons coloniaux où les grandes villes versaient la partie pauvre, fainéante et dégradée de leur jeune population. Le recrute-
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ment de ces bataillons était forcé, ou pour mieux dire arbitraire et, indépendamment des avantages que le public en retirait, les parens y trouvaient de leur côté un rempart contre la désolation et l'opprobre qui menacent aujourd'hui sans remède ceux dont les fils vivent dans un état de vagabondage ou en rébellion habituelle contre les devoirs et les lois de la société. Malgré la discipline redoutable établie dans les bataillons coloniaux , malgré la force que l'unité régimentaire prêtait à cette discipline, les hommes énergiques placés à la tête des cadres éprouvaient les plus grandes difficultés pour subjuguer la soldatesque dont ils étaient formés. Que serait-ce donc s'il était nécessaire d'organiser et de policer une colonie de libérés? Il ne faudrait pas moins que des lois draconiennes pour la faire subsister, et ces lois sont antipathiques aux mœurs françaises.
Examinons à présent si des colonies organisées sur le modèle de celles de la Nouvelle-Galles, c'est-àdire habitées par des libérés et par des individus appartenant à la partie saine de la population auraient chez nous plus de chances de succès et de durée: je suis loin de le penser. Il serait d'abord impossible, à moins d'exciter un récri universel parmi les honnêtes gens, de déclarer les libérés admissibles aux n. 3j