MANOEUVRES DES FILOUS. 2I
filons. Ils ont, les uns comme les autres, les yeux fixés sur les poches des curieux , mais les premiers veillent à leur défense quand les seconds songent à les dépouiller. De là, cette animosité mutuelle et pour ainsi dire instinctive qui existe entre eux. Quel est celui d'entre nous qui appréhende les entreprises des filous à la promenade ou ailleurs? combien peu qui savent gré à la police de sa sollicitude, qui se doutent même de cette sollicitude? Il est pourtant vrai que dans un grand nombre de circonstances les agens de police et les filous luttent entre eux sur le terrain , d'observations de précautions et d'adresse, précisément à l'occasion du sujet qui nous occupe le moins. Ce sont les seuls qui ne soient pas attentifs aux spectacles ou aux divertissemens qui fixent les regards de tous. Cette inattention doit être pour chacun d'eux une cause de défiance et de crainte, un signe d'hostilité, excepté quand l'inspecteur et le filou se connaissent, ce qui arrive assez souvent. Alors, les rôles deviennent fius simples, l'événement de la lutte ne tient plus qu'à une question de fait, au flagrant délit. Le public n'aperçoit qu'un accident imprévu dans ce fait que la rumeur porte à sa connaissance , tandis qu'il y a eu un drame , un dénoûment, des acteurs , le tout enveloppé d'un mystère profond.
2l6 MANŒUVRES DES FILOUS.
Les filous les plus habiles et les plus dangereux sont ceux qui , grâce à l'élégance de leur mise et de leurs manières , trouvent un accès facile auprès des gens de bonne compagnie. Ils fréquentent les spectacles, les concerts, les musées, les églises, les bals de souscriptions et tous les lieux où la société polie aime à se réunir. Ils observent avec beaucoup d'attention les personnes parées de quelque bijou précieux , et plus particulièrement celles qui paraissent étrangères à la France. Ils recherchent avidement les Anglais , et s'attachent à leurs pas comme à une proie riche et facile. Ceux-ci ayant l'habitude de mettre leur bourse, leurs banknotes et autres objets de prix dans la poche extérieure de leur habit, sont l'objet d'études , de calculs et de tentatives continuelles de la part des filous. Ces tentatives ne réussissent que trop souvent au spectacle. Il est de ces malfaiteurs qui , pour ôter tout soupçon à celui qu'ils se proposent de voler, se placent près de lui , hasardent discrètement quelques paroles pour arriver à une conversation liée, épient ses allures, ses mouvemens et font leurs dispositions de manière à se saisir de sa tabatière d'or, de sa bourse, ou même de sa lorgnette avant de se séparer de lui.
Les filous renommés se raillent de ce qu'ils appellent les casseurs de portes, ou des voleurs proprement