PRATIQUE DES VERTUS
qu'on ne saurait trop combattre. C'est la persuasion où ils sont qu'on aurait droit de les regarder comme de mauvais camarades, comme des ouvriers avares, peu sociables et bizarres, s'ils se refusaient à boire hors de leurs repas, sans besoin et par forme de passe-temps. Il est positif cependant que plus d'un ouvrier a, dans maintes circonstances, exprimé un pareil refus. Il en est, et j'en connais, qui non-seulement ont résisté à des invitations pressantes et réitérées, mais qui ont su se mettre au-dessus des railleries occasionées par leur refus : épreuve que le grand nombre redoute le plus, et qui est presque toujours l'écueil de leurs bonnes dispositions. C'est de cette minorité raisonnable et ferme que sont sortis et que sortent encore, par intervalles, ces entrepreneurs courageux, fils de leurs œuvres, arrivés à une honnête aisance ou à la fortune, par la sagesse de leur esprit, leur goût pour l'épargne et la simplicité de leur vie. On m'a montré, dans certains ateliers, des ouvriers adolescens livrés à euxmêmes dans Paris, sans tutelle et sans surveillance, chez qui ces bonnes habitudes s'étaient déjà tellement fortifiées, qu'ils imposaient en quelque sorte, par leur sagesse, à des ouvriers d'un âge mûr, accoutumés à dépenser leur salaire en boissons, et réduits à emprunter quelquefois à leurs jeunes cama-