DU PATRONAGE EXERCÉ
la réputation de son établissement et le succès de ses opérations.
Certains publicistes alarmés de la prépondérance de l'industrie, ont vu dans l'influence exercée par plusieurs manufacturiers sur leurs ouvriers, le présage d'une espèce de féodalité industrielle. Ce présage est une chimère. Dans l'état actuel de l'industrie il n'y a ni suzeraineté ni vasselage. Les rapports qui lient les chefs d'industrie aux classes ouvrières n'excluent la liberté ni des uns ni des autres. L'hommage que l'ouvrier doit à celui qui l'emploie est l'hommage du client envers le patron, et cet hommage qui n'ôte rien à sa dignité d'homme, puisqu'il est purement volontaire et fondé sur le dévoûment, consolide son existence ainsi que celle de sa famille. Heureux les peuples qui comptent en grand nombre de semblables confédérations !
Ces observations dénotent assez que la grande propriété industrielle n'offusque pas mon esprit , et que tout mon souci est de développer et d'étendre le patronage du riche sur le pauvre par des moyens qui honorent la bienfaisance de Fun sans abaisser le caractère de l'autre. Sous ce rapport, il est, en France, des contrées manufacturières où les chefs de fabriques et de manufactures traitent leurs ouvriers avec une bienveillance , une affection , qui ,
PAR L'ENTREPRENEUR SUR i/oUVRIER. 297
sans affaiblir les liens de la subordination, assure à cette classe si intéressante tout le bien-être que peut comporter une vie de labeur et de peine. Outre le salaire dont la proportion avec le travail est l'objet d'une attention toute particulière de la part du manufacturier, celui-ci procure à l'ouvrier durant l'état de maladie tous les soins de l'art, ainsi que lésinédicamens qui leur sont nécessaires; il y ajoute des secours quand le malheur de sa position les réclame; et malgré ces sacrifices il ne laisse pas de continuer à ce même ouvrier son salaire ordinaire. Il y a plus, dans certains établissemens, la bonté du chef s'étend à la famille même de l'ouvrier, lorsque ce dernier est vraiment dans le besoin et qu'il mérite, du reste, cette faveur par son zèle, son habileté et par sa bonne conduite comme citoyen. Ainsi, la femme est secourue en cas de grossesse ou de maladie, et les enfans sont reçus en apprentissage préférablement à tous autres par égard pour les services du père. Il y a des familles qui comptent de la sorte plusieurs générations d'ouvriers dans la même manufacture. La vieillesse de l'homme laborieux et honnête n'est pas moins protégée que son âge mûr par la sollicitude de ces chefs d'industrie malheureusement trop rares. S'il arrive que ses enfans soient hors d'état de le prendre à leur charge, il est sûr de trouver dans