‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 73 sur 337 · DU PATRONAGE EXERCÉ · texte numérisé non relu

DU PATRONAGE EXERCÉ

autres, l'établissement d'un teinturier (i); cet industriel sévère , mais bienfaisant , est pénétré pour ses ouvriers des mêmes sentimens que les manufacturiers dont nous avons parlé plus haut. Il les soulage par des secours, durant l'état de maladie, emploie leurs femmes dans l'intérieur de ses ateliers, pour prévenir, de leur part, des liaisons illégitimes avec des ouvrières qui leur seraient étrangères. Il protège , surtout , les travailleurs qui ont vieilli dans son usine , en telle sorte qu'à l'âge de soixante à soixante-dix ans , ils touchent le même salaire que dans l'âge de l'activité et de la vigueur. Lorsqu'ils ne peuvent plus se livrer au travail , il les soutient jusqu'à ce qu'il puisse les faire entrer dans un hospice. Il va sans dire, qu'aux époques de chômage, cet homme généreux fait tous ses efforts pour les occuper, non pas d'une manière continue , mais à tour de rôle , de façon qu'ils n'aient que peu de temps à rester dans l'oisiveté. Au surplus, tous ces avantages sont le prix du dévoûment et de la bonne conduite, et c'est en quoi ils attestent l'intelligence et la sagesse de celui dont ils émanent.

Dans la petite industrie , j'ai eu des rapports avec des entrepreneurs qui , par la saine direction imprimée à leurs ouvriers, et par les sacrifices pécu-

(i)M. Boutarel.

par l'entrepreneur sur l'ouvrier. 3oi

niaires qu'ils savent s'imposer en leur faveur en cas de maladie, ou dans les temps de chômage, doivent être distingués de la foule. Il en est un surtout (i), dont les efforts pour L'amélioration morale et matérielle des travailleurs qu'il emploie, n'ont pas, je crois, été surpassés, dans des conditions de fortune et de position analogues. Cet entrepreneur est peintre en bâtimens. Je le cite d'une manière particulière, parce que les ouvriers de sa profession, sont, en général, sujets à des habitudes d'intempérance et de désordre qui les classent parmi les ouvriers les plus vicieux, et que, malgré la contagion de l'exemple , il a su discipliner les siens avec une rare habileté. Fils de ses œuvres, artisan de sa propre fortune, il a commencé par traîner la brouette, et il s'est élevé graduellement par la sagesse de son esprit, par son intelligence et ses vertus, au premier rang de sa profession. Il occupe de soixante à quatrevingts ouvriers, qui , au dire des architectes, en rapport habituel d'affaires avec lui , sont supérieurs de tout point au reste de leurs compagnons. Le régime de sa maison est sévère , mais cette sévérité gît plutôt dans les prescriptions des réglemens et la force de la hiérarchie que dans le caractère de l'entrepreneur. La façon d'agir de celui-ci avec ses ou-

(i) M. Leclaire, rue Cassette. ;' ''

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