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de la sagesse d'un gouvernement et de l'exactitude de ses informations , que d'offrir ses opinions et ses conseils comme la boussole la plus certaine à suivre dans les questions qui touchent à la direction de l'industrie? Quelle serait la limite de son influence et de sa responsabilité morale? Si la spéculation qu'il aurait jugée mauvaise, sur la foi des renseignemens qui lui seraient parvenus, ou de ses conjectures, était entreprise par quelques-uns avec succès, taudis qu'elle aurait été abandonnée par d'autres , à quels commentaires, à quels soupçons, à quelle critique sa conduite ne serait-elle pas en butte de la part de ces derniers ? On ne lui saurait pas gré de ses bons avis et on lui imputerait à blâme , peut-être à déshonneur, ses erreurs les plus naturelles et les plus excusables.
En résultat, un gouvernement perdrait plus en considération que l'industrie ne gagnerait en lumières dans le rôle que quelques écrivains bien intentionnés, mais peu sages, voudraient lui faire jouer. Il ne doit fournir à l'industrie et au commerce que des documens dont il est sûr, et c'est ce qui a lieu dans les nations que nous avons citées et principalement en France.
En parlant de l'organisation actuelle de l'industrie manufacturière , nous avons distingué deux classes
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diverses de travailleurs, les uns formant la partie sédentaire, et les autres la partie mobile de chaque établissement. Ceux-ci, aux époques de chômage, trouvent clans les travaux agricoles les moyens de subvenir à leurs besoins; ils passent de la ville aux champs et des champs à la ville avec une égale facilité, et cet alternat, ce roulement de main-d'œuvre a l'avantage d'abréger sensiblement pour eux les temps d'arrêt si contraires au bien-être des classes ouvrières.
Ce mode de travail usité en Allemagne et en Suisse se répand dans plusieurs parties de la France; il ne peut que tourner au profit des deux industries; les fabricans y gagnent surtout, en ce que l'ouvrier se fortifie par la vie des champs et y retrempe son âme non moins que ses forces physiques. En thèse générale , les ouvriers domiciliés avec leur famille dans les campagnes, et qui se rendent à Paris pour y travailler pendant un certain temps de l'année, c'est-à-dire, pendant la période d'activité de leur profession, forment l'élite de la population ouvrière. Ils sont sobres, économes, soumis, et quand, à l'époque de la suspension des travaux, ils retournent dans leurs foyers, ils emportent avec eux le fruit de leurs épargnes, pour faire valoir le petit fonds de terre qu'ils possèdent ou pour en
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accroître l'étendue durant les époques de chômage.
L'intervention de l'autorité publique serait utile et nécessaire , pour procurer des moyens de travail aux ouvriers qui font leur résidence habituelle dans les villes. Les maires pourraient s'entendre à cet égard avec les conseils municipaux , et les préfets avec les conseils généraux de leurs départemens, suivant que les travaux à entreprendre se rattacheraient au service communal ou départemental. Les budgets de ces services devraient spécifier des fonds de réserve afférens à ces différens travaux et dont il serait fait emploi du moment que l'industrie manufacturière commencerait à se ralentir.
Il serait important que les prévisions de l'admistration fussent calculées en raison de l'intensité des crises. Celles qui se reproduisent annuellement, font pour ainsi dire partie de l'état normal de l'industrie ; elles sont attendues à point nommé, et les ouvriers prévoyans arrangent leur manière de vivre d'après la durée connue de ces temps d'arrêt. Quoiqu'ils sachent se résigner à cette espèce de nonvaleur, il n'en est pas moins vrai que la période ordinaire de chômage est pour eux une période de privations et de difficultés; c'est dans l'inventaire de leurs faibles ressources une lacune qu'il importe de combler, et pour y parvenir, l'exécution des
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travaux d'utilité publique est la mesure la plus convenable à employer. Je ne me dissimule pas que cette mesure ne saurait avoir un effet complet, et, qu'elle serait impuissante à remédier aux embarras des corps de métiers obligés de suspendre leurs travaux pendant la saison rigoureuse , saison , qui ne permet pas de donner cours à l'exécution d'une grande partie des travaux publics. Toutefois, la réparation des routes, et les grands travaux de terrassement pour la formation des chemins de fer , seraient de nature à occuper un grand nombre d'ouvriers sans emploi, malgré la rigueur de la saison, si l'état de la température était d'ailleurs compatible avec des travaux de ce genre.
Indépendamment de ces phases annuelles de chômage , il est des crises profondes qui viennent assaillir la population ouvrière au bout de certaines périodes d'activité dont les plus longues sont de cinq ans et les plus courtes de trois ans. Ces crises se développent de diverses manières : tantôt, elles apparaissent dans un seul pays et le contre-coup s'en fait sentir dans d'autres; tantôt, elles se déclarent presque au même instant chez plusieurs peuples à la fois et paralysent les relations commerciales qui existent entre eux. Les causes qui les déterminent tiennent ordinairement à un excès de production au-
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quel manquent les débouchés , à des spéculations hasardeuses, à quelque trouble grave dans la circulation du papier-monnaie et à d'autres incidens qni ■viennent traverser la marche de l'industrie. De telles secousses sont redoutables, parce qu'elles atteignent en même temps le fabricant, le capitaliste et l'ouvrier. Celui-ci est le plus misérable , parce qu'il est le plus nécessiteux: il s'agite , il menace, il s'insurge, excité par le sentiment irrésistible du besoin. Pendant l'espace de trente ans , l'Angleterre a compté dans son sein jusqu'à dix de ces terribles séditions qu'on pourrait appeler les émeutes de la faim.
La France a eu, de son côté, des crises de cette nature à supporter, mais elles ont été moins multipliées qu'en Angleterre et aux Etats-Unis, parce que l'industriel français est moins audacieux en affaires et moins avide que l'Anglais et l'Américain. Là où elles se sont fait sentir, les efforts de la charité et les sacrifices des fabricans ont adouci les privations des ouvriers qui se sont résignés avec courage, hormis à Lyon, où, il y a peu d'années, les souffrances de l'industrie ont été aigries et exaspérées par des influences politiques coupables.
Afin de parer aux effets désastreux des secousses extraordinaires que nous avons indiquées , la ressource des travaux publics projetés , soit par l'admi-