DANS LES TEMPS !>' ARRÊT DE L INDUSTRIE
nistration , soit pat- des compagnies , nous paraîtrait d'autant plus efficace, qu'on pourrait en user avec un grand développement, dans le cas où l'époque de la crise viendrait à coïncider avec l'ouverture de ces travaux. Quant à ceux qui seraient organisés et défrayés par l'administration , ils devraient être l'objet de prévisions particulières, qui ne se réaliseraient qu'à mesure que les premiers symptômes de la crise seraient constatés. On sent dès-lors qu'il serait bon que de semblables travaux pussent être ajournés , sans inconvénient pour le service public , jusqu'à ce que le moment le plus opportun pour leur mise en activité fût arrivé.
Le pouvoir possède d'autres moyens de venir en aide aux classes ouvrières : ils consistent dans l'influence morale qui lui est acquise sur toutes les forces vives de la société , parmi lesquelles il faut placer, en première ligne, les producteurs de chaque industrie, à cause des masses considérables de travailleurs dont ils sont le centre.
L'homme industrieux n'a qu'un but dans l'exercice de son industrie et de son négoce : c'est le profit. Néanmoins, à mesure que les capitaux de l'entrepreneur s'accumulent, il se développe en lui une autre ambition, qui est celle des distinctions (i). C'est
(i) J'expliquerai plus bas ce que j'entends par distinctions.
368 INFLUENCE MORALE DE l'aUTORITÉ
ce levier, plus puissant qu'on ne pense, que je voudrais faire tourner à l'avantage des classes laborieuses , et par suite à l'avantage de la société } dont la prospérité et le repos tiennent , non pas à l'accumulation des richesses dans les mains de quelquesuns, mais à la diffusion de ces mêmes richesses dans les mains du plus grand nombre possible.
La supériorité que la presse , et par suite le pouvoir, ont donné jusqu'ici à l'intérêt politique sur tous les autres intérêts, est cause que celui des classes ouvrières n'a pas été servi par l'autorité publique autant qu'il aurait pu l'être.
Dans les départemens, cette autorité, étant à portée d'établir de fréquens rapports avec les fabricans et les manufacturiers, en raison de l'exploitation de leurs usines et des opérations de leur industrie, il serait loisible à elle de profiter de ces occasions pour appeler l'intérêt des entrepreneurs sur le bien-être de leurs ouvriers; elle ne devrait pas se borner là: il serait utile qu'elle visitât de temps en temps les chefs d'industrie, ainsi que leurs ateliers, et qu'elle adressât aux ouvriers , suivant les circonstances, quelques-unes de ces paroles chaleureuses et pénétrantes qui relèvent le cœur du pauvre , parce qu'elles lui prouvent que la prévoyance du pouvoir sait descendre jusqu'à lui.
SUR LES CHEFS D'iNDUSTRIE. 36o,
D'un autre côté , il ne serait pas moins convenable que l'entrepreneur trouvât dans les égards et la faveur ostensible de l'autorité, la récompense des sacrifices qu'il ferait pour le bien-être de l'ouvrier. Il y a clans la vie civile des distinctions futiles en apparence qui, en réalité, flattent pourtant celui qui en est l'objet , et dont l'autorité peut se faire un moyen utile d'influence, quand elle sait les départir avec un discernement réfléchi et une attention délicate.
A Paris MM. les maires et leurs adjoints qui militent depuis long-temps pour étendre le cercle de leurs attributions et de leur influence , feraient un grand pas vers le but auquel ils aspirent, s'ils recherchaient la connaissance de tous les habitans de leur arrondissement qui, par leur position, seraient dans le cas d'exercer un patronage bienfaisant sur les classes laborieuses, et s'ils prenaient soin de les encourager par de bons offices à améliorer le sort de ces classes. Les communications familières , qui s'établiraient entre ces fonctionnaires et les hommes influens de leurs localités , produiraient les meilleurs résultats. Elles uniraient ensemble les deux principales forces de chaque localité, la force publique et la force morale. Une semblable union absorberait bientôt à l'aide de l'exemple et de l'ascendant des i. 24