‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 94 sur 337 · INFLUENCE MORALE DE L'AUTORITÉ · texte numérisé non relu

INFLUENCE MORALE DE L'AUTORITÉ

chefs d'industrie ces grandes agglomérations de travailleurs, dont les factions se disputent l'empire avec une infatigable audace. Les juges de paix et les commissaires de police pourraient aussi travailler très utilement, par la propagation des idées de patronage, au perfectionnement matériel et moral des classes ouvrières.

Parmi les nombreux ministres appelés en France depuis ving-trois ans à l'administration des affaires publiques, il en est peu qui, au milieu des soucis et des agitations de la politique, aient réfléchi , que le pouvoir social n'était pas institué seulement pour la répression des actions, mais qu'il était aussi chargé de la direction de la volonté. Quoique le père de famille et le prêtre soient les dépositaires naturels et privilégiés de cette direction , le pouvoir étant le dispensateur légal des peines et des récompenses dans la société civile, nul doute qu'il ne lui appartienne de veiller à ce que les volontés soient saines et constamment tournées vers le bien; car le père de famille ne remplit pas toujours ses devoirs, et la voix du prêtre est bien souvent méconnue là même où elle parvient à se faire entendre. Or, la nécessité de cette surveillance reconnue, les effets ne sauraient se manifester que par des récompenses ou par des rigueurs.

SUR LES CHEFS d' INDUSTRIE. ^ I

Le premier de ces ressorts a été employé jusqu'ici dans un but purement politique, je me trompe; les intérêts matériels ont été aussi l'objet d'une protection spéciale de la part du pouvoir; les récompenses distribuées à la suite des expositions solennelles de l'industrie en font foi. Mais les intérêts moraux ont été abandonnés à eux-mêmes. Nul stimulant, nulle récompense. Une fausse pudeur, que dis-je,une déplorable pruderie semble avoir fasciné, le public, la presse et l'autorité elle-même, de telle sorte qu'au lieu de préconiser les actes de dévoûment et de vertu, on ose à peine s'entretenir des rares distinctions décernées à leurs auteurs. On dirait que le siècle est arrivé au comble de l'humilité chrétienne, si l'on ne savait que ce raffinement apparent de modestie et de délicatesse cache au fond un froid égoïsme ou le dépit secret d'entendre parler d'un désintéressement et d'une active charité qu'on n'a pas la force de pratiquer soi-même.

Ii faut que le gouvernement ranime, dans les cœurs , l'enthousiasme de la vertu en publiant sans interruption dans les journaux qui lui sont dévoués tous les actes qui honorent le plus l'humanité et qu'il a jugés dignes de la reconnaissance publique. Il faut qu'il les distingue avec éclat et qu'il donne à la distinction toute la publicité donnée à l'acte.

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