CRÉATION DE SOCIÉTÉS INDUSTRIELLES
Le gouvernement a décoré jusqu'à présent avec profusion le courage, le talent, l'influence politique, les services civils. Qu'il décore aussi avec empressement la bonté, cette bonté qui se répand au-dehors et dont les libéralités distribués avec choix et justice font pénétrer doucement dans le sein des classes laborieuses un peu de ces aisances qui aident à porter le fardeau de la vie et que notre civilisation leur dispute avec une cruelle parcimonie ! A Dieu ne plaise que je veuille encourager l'ostentation et le bruit, là où se plaisent la tendre sympathie et le mystère ! Nul plus que moi ne prise la modestie dont l'homme bienfaisant aime à s'envelopper. Je la respecte, et je désire qu'on la respecte ; mais la reconnaissance de l'obligé, mais l'honnêteté publique ne sauraient-elles divulguer le bienfait sans faire violence au bienfaiteur ? prenez garde que la discrétion et l'exquise délicatesse du philanthrope ne tourne au profit du charlatan , et d'ériger la charité en trafic pour ne pas la récompenser dans l'homme simple et vertueux qui se cache.
Pour atteindre plus sûrement le but que j'indique, je souhaiterais que le gouvernement encourageât par ses délégués, dans tous les centres importans de l'industrie, des sociétés organisées à l'instar de celles de Mulhouse, de Nantes, de Saint-Etienne, etc.,
DANS L'iNTÉRÉT DES OUVRIERS. 3^
lesquelles s'occuperaient de tout ce qui pourrait tendre à améliorer la condition des classes ouvrières, et porteraient le titre de sociétés industrielles. Les chambres de commerce, les conseils de prud'hommes et les chambres consultatives des manufactures, n'ayant à délibérer, en général, que sur les intérêts mercantiles de l'industrie, on assignerait aux sociétés que nous proposons une destination matérielle et morale tout à-la-fois , mais restreinte au bien-être des classes laborieuses. L'alimentation, le logement, le vêtement de ces classes, la salubrité des ateliers où elles travaillent, celle de leurs habitations particulières, l'administration des caisses de secours mutuels , la surveillance morale des spectacles , des cabarets et de tous les lieux publics fréquentés par l'ouvrier , devraient fixer l'attention habituelle de ces sociétés , qui s'appliqueraient aussi à propager la connaissance des bons réglemens d'ateliers et l'imitation des bons exemples donnés , soit par les chefs d'établissement à leurs confrères dans l'intérêt des ouvriers, soit par ceux-ci à leurs camarades dans l'intérêt des entrepreneurs et du succès de leurs opérations.
Cette direction toute morale de l'industrie créerait des habitudes d'ordre, d'économie parmi les ouvriers, et ranimerait chez eux l'esprit de famille en leur in-