‹ Des Fondations de Bienfaisance: Leurs Modes de ConstitutionChapitre 42 sur 49 · IH · texte numérisé non relu

IH

Notre système aurait pour principal avantage de disséminer les établissements de bienfaisance principalement dans les campagnes, qui en sont presque totalement dépourvues. À l'heure actuelle, il existe 1.684 maisons hospitalières; 777 sont situées dans les chefs-lieux de canton et 232 seulement fonctionnent plus ou moins régulièrement dans les communes rurales.

< On voit donc de quelle utilité, dit M. Léon Lallemand, seraient ces centaines de petites fondations qui couvraient la France, et on peut constater qu'il est regrettable que les sommes immenses versées depuis quatre-vingts ans par des bienfaiteurs, n’aient pas été destinées, en partie, à fonder de nouvelles Maisons-Dieu partout où le besoin s’en fait si vivement sentir, au lieu de venir entretenir

souvent le luxe d'hôpitaux presque vides » (1).

On ne verrait pas alors des blessés transportés de commune en commune jusqu'à l'hôpital d’une ville éloignée où ils arrivent presque moribonds.

M. de Crinesoy rapporte ce fait qui n’est pas, hélas, un fait isolé, même de nos jours: « En 1878, par un soir d'hiver un cultivateur conduisant une charrette était tombé sous la roue et avait été grièvement blessé. Un passant le trouva gisant sur le sol, le chargea dans le chariot et se mit en quête de secours ; il se rendit chez le Maire de la commune qui l’engagea à conduire le blessé à l'hôpital le plus proche, situé dans une commune voisine. Il pouvait être six heures, lorsque l'on arriva à la porte de l'hôpital: c'était un dimanche; pas de médecin, pas d'administrateur; le règlement défendait de recevoir qui que ce fût sans autorisation. Le blessé était étranger à la commune, il n'avait pas été trouvé sur son territoire et malgré les instances du conducteur, malgré l'état très grave du malade, malgré le froid de plusieurs degrés qui aggravait son état, on refusa de l’admettre. La charrette se remit en route pour Versailles, situé à une lieue environ et où l’on espérait trouver un meilleur accueil, mais lorsqu'on y arriva, le pauvre homme élail mort » (2).

Ces établissements,étant dus à l'initiative privée,seraient fondés sans aucune augmentation de dépenses pour les communes. D'ailleurs celles-ci, dans l’état actuel de icurs finances, sont absolument incapables de subvenir aux frais

(1) Léon LaALLemaxD. De l'assistance des classes rurales, p. 4.

(2) Moniteur des Assemblees départementales el communales, 20 novembre 18895. Récit reproduit par M. Léon LALLEMAND. Op. cit., p. 88.

qu'entraineraient l'institution d’hospices, hôpitaux ou autres œuvres de bienfaisance qui seraient si utiles à leurs habitants. Les impôts vont sans cesse en progressant ; les centimes additionnels s’accroissent chaque année. Depuis quarante ans les impositions ayant presque doublé, la propriété agricole arrive à payer des sommes approchant « de la moitié de la valeur du produit demandé au sol, net des frais de culture > (1).

La seule loi sur l'assistance médicale gratuite, si elle n’est pas appliquée avec modération occasionnera pour la plupart des départements et des communes des frais considérables.

Pour la première année du fonctionnement du service médical obligatoire, les crédits inscrits dans les divers budgets étaient de 6.185.000 francs, payables par les communes, les départements et l'Etat. 42 départements ont dû s'imposer extraordinairement. Ces chiffres en outre ne s'appliquent qu'à 68 départements ayant une population de 27.788.000 habitants.

On peut dire cependant que la loi exigera des crédits d'environ 40 millions et ce n’est que le début (2).

En effet, dans les communes industrielles, où l'élément socialiste tend à dominer de plus en plus, les conseillers municipaux accumulent les dépenses de toutes sortes sans regarder aux suites, et parmi ces dépenses ils augmentent surtout celles qui regardent l'assistance. Comme la majorité de leurs électeurs ne paient pas d'impôts directs et ürent profit des largesses municipales, ces conseillers

(1) Enquète sur l’agriculture, 1879, .p. 147 et 337. (2) Revue catholique des Institutions et du Droit. Article de M. Huürert-VALLEROUX, année 1897, I, pages 268 et suiv.

sont assurés d'avance que les nouvelles charges créées par eux, seront bien accueillies par Le plus grand nombre elcontribueront à maintenir leur popularité (1).

Le vrai moyen de secourir le plus possible les miséreux,

tout en empêchant les communes de se ruiner, c'est de

favoriser la charité privée.

«Toutes les fois, dit M. Armand de Melun, que la charité est combattue ou restreinte, la nécessité où est l'Etat de se mettre à sa place devient pour une nation un danger et une ruine ».

«Enfin, s'écrie M. Leroy-Beaulieu, une société qui ne laisserait aucune place dans son sein aux œuvres charitables, ne tarderait pas à être frappée d’anémie, às'affaisser ou à s’éteindre » (2). Un des meilleurs procédés pour faire éclore sur tout le territoire une foule d'œuvres de bienfaisance, tout en provoquant des économies budgétaires, c’est de proclamer Ja Liberté des fondations charitables.

Page 1