‹ Deux versions de la vie de saint Eustache en vers français du Moyen Âge. Édition critiqueChapitre 10 sur 34 · VI. — Version provenant du Catalogus Sanctorum · texte numérisé non relu

VI. — Version provenant du Catalogus Sanctorum

13. — La mention la plus ancienne d’une traduction française du Cafalogus Sanciorum de Pierre Natal se trouve à notre connaissance sur la liste des manuscrits ayant appartenu au marquis de La Clayette: ? on y cite en effet un manuscrit contenant La vie des Saints par Pierre de Natalis, daté de 1508. Donc l'existence dès 1508 d’une traduction française de cette oeuvre est assurée. Nous ne savons rien du sort de ce manuscrit. L’abbé Poncelet 5 mentionne une traduction française dans un incunable dont le titre est cité par lui de cette manière: Le grand catalogue des saincts et sainctes, Paris, 1523— 1524. De cette œuvre, qui est en deux volumes, la Bibliothèque nationale ne possède que le tome I (portant la

1 Il existe des Gesta romanorum une traduction anglaise moderne: Gesta Romanorum: or, ÆEnterilaining moral stories. Translated from the latin, with preliminary observations and copious notes, by the rev. Charles Swan, où la légende de saint Eustache se trouve au t. II, London, MDCCCXXIV, p. 99—117. Une fois le traducteur, en général exact, n’a pas compris son modèle en rendant Et ipse cum uxore sua et filiis, gratias Deo agens, nocte nudus aufugit, qui ruborem verentes (»craignant la honte») Egyptum pergebant par (p. 104): But devoutly they worshipped God; and apprehensive of an Egyptian redness, went secretly away. Dans une note (p. 428) il explique le passage ainsi: »Ægyptian Redness», »Rubor Ægyptusr — this I take to be leprosy ... The leprosy was of different kinds, and that peculiar to the Ægyptians might, perhaps, wear a red appearance.»

? Voir Paul Meyer, Notices et extraits, t. XXXIII, 1, p. 7.

3 O.c. ci-dessus p. 62, note 3, p. 36.

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cote Réserve H 365), qui contient entre autres la légende de saint Eustache. La rubrique en est: Le premier volume du Cathalogue des Sainctz et Sairctes. Nouvellement translate de Latin en Francois, Paris, Galliot Dupré, 1523. Voici le début de notre légende (fol. 183 v°):

Eustache avecques sa femme Theopite et ses deux enfans Agapit et Theospit souffrirent a Rome soubz l’empereur Adrian. Au temps de l’empereur Trajan estoit aulcun maistre de sa chevalerie nommé Placidas, lequel, combien qu'il fust payen et gentil, aux oeuvres de misericorde touteffois et hospitalité continuellement estoit abandonné, car il subvenoit aux povres, vacquoit a equité et justice et subvenoit aux oppressez.

Sans tenir compte d’un certain désir d'employer deux expressions au lieu de la seule et unique que lui offre son modèle, nous constatons chez le traducteur une fidélité constante à l’égard de son original. Il ne s’est en effet permis aucune modification de fait.

On ne connaît pas d’autres versions en prose française du moyen âge. La Summa de divinis officiis de Jean Beleth (XIIe siècle) !, dont il existe une traduction française #, ne contient pas, dans la partie réservée aux vies des saints, celle de saint Eustache.

Indiquons enfin un résultat de portée un peu plus générale qu'a mis en lumière notre examen des versions en prose. C’est que les traducteurs maintiennent en général une attitude passive à l'égard du modèle qu’ils suivent. Nous n’avons pas cru inutile de relever ce fait, étant donné la conception assez répandue d’après laquelle les textes latins des légendes pieuses auraient souvent

1 Imprimée dans Migne, Pafrologia latina, t. 202.

2 Voir Bulletin de la Société des anciens textes francais, 1884, p. 83.

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été traités assez librement par les traducteurs et leur auraient fourni l’occasion de diversions poétiques ou fantaisistes. |

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