LA LÉGENDE DANS LA LITTÉRATURE MÉDIÉVALE EN DEHORS DE LA FRANCE
(Additions à l’Appendice I de Monteverdi ?)
M. Monteverdi fait suivre son article Z testi della leggenda di S. Eustachio de trois appendices. Le premier comprend une liste de textes médiévaux concernant la légende du saint et composés hors de la France et de l'Italie. Dans le second appendice se trouvent des indications bibliographiques sur des œuvres littéraires postérieures. En dernier lieu M. Monteverdi dresse une liste des œuvres d’art qui reproduisent les traits du saint ou des scènes de sa vie.
En tâchant de compléter les indications du savant italien, nous ajouterons quelques renseignements sommai-
1 Voir aussi le chapitre I, art. 5.
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res sur certains ouvrages dont M. Monteverdi, contrairement à son habitude, ne donne, pour une raison ou pour une autre, que le titre, sans commentaires. Nous rattachons les additions concernant les œuvres d’art à notre chapitre III qui traite du culte du saint.
1. — Une traduction en ancien anglais, exécutée par Ælfric vers 996, citée par M. Gordon Hall Gerould !, qui nous apprend que la version latine littérale y est fidèlement suivie.
2. — A côté de l'édition du fragment d’un poème islandais, mentionnée p. 491, on en peut ajouter une seconde, donnée par F. Jônsson, dans ses Opuscula philologica, 1887, p. 210—66. Selon M. Eugen Mogk ?, le fragment est incomplet du commencement et de la fin; les strophes conservées glorifient la confiance en Dieu de Placidas et sa dévotion pendant les jours d’adversité.
3. — Dans la note, p. 491, M. Monteverdi fait allusion à sd’autres textes scandinaves» sans indiquer même leurs titres et en se contentant de renvoyer à une publication de Reïinhold Kôhler. Le premier de ces textes (il y en a deux) est contenu dans la collection Heilagra Manna Sôgur, Fortællinger og Legender om hellige Mænd og Kvinder, II, par C. R. Unger, Christiania, 1877, p. 193 et ss., et porte le nom de Placidus Saga. C’est une traduction fidèle de la version latine littérale.
4. — Le second texte scandinave est imprimé dans Ett forn-svenskt legendarium, 1, par George Stephens, Stockholm, 1817 (Samlingar utgifna af Svenska fornskrift-sällskapet, t. IV, p. 372—374). C'est la légende n° XXXIV, intitulée Sagan om Sankt Eustachius. Hjorten. — Skiljsmessan. — ÂÀterfinnandet. Malgré le récit abrégé que présente cette version, on est en état de constater qu’elle dérive du texte latin de la Légende dorée. Ce résultat est conforme à l’opinion exprimée par M.
1 Forerunners, congeners, and derivatives of the Eustace legend, dans les Publications of the Modern Language Association of America, 1904, vol. XIX, 3, New Series, vol. XII, 3, p. 383 et 387.
2 Geschichte der norwegisch-isländischen Literatur. Zuweite verbesserte und vermehrte Auflage. Sonderabdruck aus der zweiten Auflage von Pauls Grundriss der germanischen Philologie, Strassburg, 1904, p. 158.
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Richard Steffen!, selon lequel la collection tout entière est fondée essentiellement sur cette compilation célèbre.
5. — Une version roumaine en prose, publiée par M. Gaster dans Revistä pentru istorie, archeologie si filologi, IV, p. 629 ss. Voir aussi Grundriss de Grüber, II, 3, p. 420. Cf. Gaster, Legende inedite (Bibliothèque nationale, fonds Picot, 118).
8. — LA LÉGENDE DANS LA LITTÉRATURE MODERNE (Additions à l’Appendice II de Monteverdi)
1. — Dans le catalogue des manuscrits se trouvant dans les bibliothèques de la Congrégation des Célestins de France, dressé par le P. Daire #, se trouve, p. 268, la mention d’une tragédie, Stus Eustachius, composée par Nicolaus Delleville (Celestinus)‘ et contenue dans le volume n° 61—62 (in 4°) de la bibliothèque des Célestins à Amiens. Malheureusement on ignore quel a été le sort de cet ouvrage. Comme on sait 5, la bibliothèque
1 Svenska litteraturens historia, av Fredrik Bô6ôk, Gunnar Castrén, Richard Steffen, Otto Sylvan, Stockholm, 1918, livraison 4 (I1:2), Medeltiden, av Richard Steffen, p. 79—80.
3 Quant à la littérature non-européenne, dont M. Monteverdi ne s'occupe pas dans sa liste, on pourrait mentionner l'existence d’une version syriaque et d’une version arménienne, signalées par M. Poncelet (Analecta Bollandiana, t. XXIX, 1910, p. 347) ainsi que d’une traduction copte du texte grec primitif, exécutée vers l’an 1000 et mentionnée par M. Wilhelm Meyer de Spire (Nachrichten von der küniglichen Gesellschaft der Wissenschaften zu Gôüttingen. Philologisch-historische Klasse aus dem Jahre 1915, Berlin, 1916, p. 229); il en existe une traduction anglaise dans Budge, Coptic Martyrdoms, 1914, p. 359 ss.
3 O.c. ci-dessus p. 84.
# Pour des renseignements sur cet auteur, voir le P. Antoine Becquet, Gallicæ Coelestinorum Congregationis, ordinis S ‘ Benedicti, monasteriorum fundationes, virorumque vita aut scriptis illustrium, Elogia historica, Parisiis, apud Florentinum Delaulne, 1719, in 4°, p. 212—213.
5 Voir Catalogue général des mss. des bibliothèques publiques de France. Départements, t. XIX: Amiens, Paris, 1893, p. LXXX.
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des Célestins à Amiens, contenant, selon la liste du P. Daire, 729 numéros, a été complètement dispersée: il n’en reste que huit volumes à quatre endroits divers, et aucun de ceux-ci ne contient la tragédie dont nous parlons.
2. — Voici quelques renseignements sur le poème inédit latin de Benignus Caillet Rhetor Navarricus, Poema de sancto Eustachio heroicis descriptum carminibus (ms. Bibl. nat., Nouv. acq. lat. 378), dont M. Monteverdi ne fait que citer le titre. C’est un poème dialogué, en hexamètres, divisé en cinq parties et précédé d’une courte introduction et d’une invocation. La liste des srôles» ne comprend qu’un nombre restreint de personnages, à savoir Christus, Adrianus, Placidas (Eustachius), Trajana (Theopista), Agapius, Theopistus, Acassius, homme de confiance d’Adrianus, Navareus, le marinier qui enleva Theopista, et l’auteur lui-même, Poeta. Le poète laisse dire aux autres personnages tout ce qui peut convenablement être dit par eux: le reste est raconté par lui-même. Ce n’est ainsi pas un rôle proprement dit que joue le Poeta. Quant au contenu de la fable, l’auteur suit en général la légende traditionnelle.
3. — Voici le titre exact du premier des ouvrages français mentionnés par M. Monteverdi, p. 493: Le Job chrestien, ou S. Eustache martyr. Par le R. P. René le Breton, de l'Ordre des Freres Prescheurs. A Rennes, chez Pierre Coupard Imprimeur et Libraire ruë Saint Germain. M.DC.LIX. (in 4°). Le livre est dédié »A haut et puissant messire Bertrand du Guesclin, seigneur de la roberie, etc., conseiller du roy en son parlement de Bretagne», et s’ouvre par une longue »epistre» (14 pages non paginées) adressée à ce grand seigneur, d’où il résulte que le livre a été composé pour consoler du Guesclin de la perte de sa femme et de son fils unique. Suit une »preface» de huit pages également non numérotées, destinée aux lecteurs. L’ouvrage lui-même, comprenant 274 pages, se base entièrement sur la vie de saint Eustache de l’Italien Gio. Battista Manzini: 1 on y trouve même des phrases entières de l’auteur italien rendues littéralement. Le récit français étant cependant beaucoup plus long que l’autre, le Breton y a mis de son crû. Ce sont surtout des réflexions, point trop profondes, et des commentaires pleins d’onction, dans le style habituel des sermonnaires. Parmi les détails ajoutés, mentionnons l'introduction de personnages secondaires comme Plotine, femme de l’empereur Trajan, les amis d’Adrien, Surra et Atian, »le bon Pape Euariste» et l’ami de saint Eustache, Dorcas-lée (sic).
1 Voir Monteverdi, o.c., p. 493.
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4, — Le manuscrit français 441 de la Bibliothèque nationale, daté de MDCLXXIIII, contient entre autres ouvrages des paraphrases, par un auteur anonyme, de‘deux proses latines se rapportant à saint Eustache. La première (fol. 683—84) porte le titre: Translation S. Eustache. Proze de saint Eustache et ses compagnons Martirs. Pour le jour de la translation de leurs corps (VI Aoust). C’est un petit poème de douze quatrains de vers de huit syllabes, rimant abba. Le modèle latin, qui se trouve transcrit aussi dans le manuscrit, commence ainsi:
Virtutibus innumeris Eustachius enituit, elc.
et la traduction française:
Il n’est pas juste que l’on cache Souz le silanse les vertus, etc.
Le second poème (fol. 954—57) a cette rubrique: S. Eustache. Proze de saint Eustache et de ses compagnons Martirs (III Novembre) et comprend dix-huit strophes de six ou de huit vers octosyllabiques, avec une disposition de rimes variée. Premier vers en latin: Corde puro, mente munda !, auquel, dans la paraphrase, correspondent ces deux vers:
Il faut la pureté de coeur, Il faut la neteté de l’âme.
5. — Quant au cantique signalé et analysé par Charles Nisard et mentionné par M. Monteverdi, p. 448, note ?, on peut noter qu’une seconde feuille volante le reproduit également. C’est un cahier de quatre pages qui se trouve à la Bibliothèque
1 On lit ce même poème chez Guido Maria Dreves, Analecta Hymnica Medii Aevi, IX, Leipzig, 1890, p. 152 (le P. Ch. Cahier, Caractéristiques des saints dans l’art populaire, t. I, Paris, 1867, p. 184, en cite huit strophes d’après le Missel de Paris, 1516, in 4°), mais l’autre ne se retrouve pas dans cette collection.
2 Saisissons l’occasion de défendre ici Hermann Knust contre les attaques de M. Monteverdi, p. 493. La première remarque du critique italien est juste, mais dans la suite le désaccord est causé par le seul fait que M. Monteverdi, à cet endroit, s’est servi de la première édition, de 1854, du livre de Nisard, tandis que Knust cite l’édition revue et augmentée de 1864.
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nationale (cote Yf. 12969) et porte la rubrique: Saint Eustache, Martyr. Air: Où éëéles-vous, Birenne, mes amours. Marseille. Imp. Arnaud & Cie, Canebière 10 (sans date). Ce même cantique a été admis dans la collection de cantiques éditée par Laurent Durant, Cantiques de l'âme dévote dits de Marseille, etc., Avignon, 1855, Livre III, p. 107—111.
6. — Le récit que donne l’abbé Manceau! de la légende de saint Eustache en décrivant une verrière de l’église de Tours qui représente des scènes de cette légende. Le style est oratoire; les faits sont empruntés en particulier à la rédaction de Schmid (voir ci-dessous).
7. — La légende de Saint Eustache par M. l’abbé Hauvion, curé de Charny. Plancy, Société de Saint-Victor pour la propagation des bons livres et des arts catholiques, 1849 (in 32°, 64 p.). Le récit, qui est divisé en cinq chapitres: I. La vision; — II. Le départ; — III. L’isolement; — IV. Le retour; — V. Le martyre, porte la trace d’influences variées; il a suhi entre autres celle du livre de Schmid (voir ci-dessous). Que les saints aient été baptisés par le saint pape Clément, c’est là une indication nouvelle dans le développement de la légende. A la fin du livre (p. 59—64) se trouve un appendice où il est question de certains auteurs qui ont traité de la légende du saint. Il y est dit (p. 59) qu’on avait publié, au commencement du XVIIIe siècle, à Paris, une vie de ce saint en un volume in-12 assez fort. Cet ouvrage ne nous est pas connu autrement.
8. — Mentionnons que la première édition de la tragédie de Desfontaines est parue en 1643, in 4°; celle de 1644 est in-8°°. À en croire la Biographie universelle, on aurait donné dès 1645 une nouvelle édition in-4°.